
La métropole marseillaise abrite l’un des écosystèmes marins les plus diversifiés de Méditerranée occidentale. Entre les eaux cristallines des Calanques et les profondeurs de la rade de Marseille, cette région offre un laboratoire naturel exceptionnel où se côtoient espèces endémiques et habitats remarquables. La richesse écologique de ces eaux résulte d’une combinaison unique de facteurs géographiques, climatiques et océanographiques qui favorisent le développement d’une biodiversité marine d’une complexité fascinante. Cette diversité biologique trouve son expression dans des écosystèmes variés, depuis les herbiers de posidonies jusqu’aux communautés coralligènes, créant un patrimoine naturel d’une valeur inestimable pour la conservation marine méditerranéenne.
Biodiversité marine des écosystèmes méditerranéens marseillais
Les écosystèmes marins marseillais se distinguent par leur extraordinaire diversité biologique, abritant plus de 8 000 espèces recensées dans un périmètre relativement restreint. Cette richesse exceptionnelle s’explique par la convergence de plusieurs facteurs environnementaux favorables : la diversité des substrats, la variabilité bathymétrique et la rencontre entre masses d’eau atlantique et méditerranéenne. Les communautés marines locales présentent des taux d’endémisme particulièrement élevés, notamment pour les invertébrés benthiques où près de 15% des espèces sont considérées comme endémiques méditerranéennes.
Herbiers de posidonia oceanica dans les calanques de marseille
Les herbiers de Posidonia oceanica constituent l’écosystème emblématique des eaux marseillaises, couvrant approximativement 2 500 hectares dans la zone des Calanques. Ces prairies sous-marines, véritables poumons verts de la Méditerranée, jouent un rôle fondamental dans l’équilibre écologique local en produisant jusqu’à 20 litres d’oxygène par mètre carré et par jour. La posidonie forme des herbiers denses entre 5 et 35 mètres de profondeur, créant un habitat tridimensionnel complexe qui héberge plus de 400 espèces végétales et 1 000 espèces animales.
Ces écosystèmes présentent une productivité primaire exceptionnelle, estimée à 2,5 kg de matière sèche par mètre carré et par an. Les herbiers marseillais se caractérisent par leur remarquable état de conservation, avec des densités de faisceaux foliaires atteignant 700 unités par mètre carré dans les zones les mieux préservées. Cette densité témoigne de la qualité des eaux locales et de l’efficacité des mesures de protection mises en place.
Populations de paracentrotus lividus et équilibre trophique benthique
L’oursin violet Paracentrotus lividus occupe une position clé dans les réseaux trophiques benthiques marseillais, régulant naturellement la croissance des algues épiphytes et contribuant au maintien de l’équilibre écologique des herbiers. Les populations locales présentent des densités moyennes de 8 à 12 individus par mètre carré, variant selon les saisons et la disponibilité alimentaire. Ces densités optimales permettent un contrôle efficace des algues sans compromettre la santé des herbiers de posidonie.
Les études récentes révèlent que les oursins marseillais présentent des taux de croissance supérieurs à la moyenne méditerranéenne, avec des diamètres moyens
compris entre 45 et 55 mm chez les adultes, signe d’une disponibilité alimentaire élevée et d’une qualité globale des habitats benthiques. Lorsque les pressions de pêche ou de braconnage réduisent trop fortement ces populations, on observe une prolifération d’algues filamenteuses qui peut déséquilibrer l’écosystème, à l’image d’un jardin laissé sans jardiniers. À l’inverse, une surabondance d’oursins liée à la raréfaction de leurs prédateurs naturels (comme le labre merle ou le denti) entraîne la formation de véritables « déserts sous-marins », les barrens, où le substrat rocheux est totalement dénudé. La gestion durable de l’oursin violet, via des tailles minimales de capture, des périodes de repos biologique et des réserves intégrales, apparaît ainsi comme un levier essentiel pour maintenir l’équilibre trophique benthique dans les eaux marseillaises.
Communautés coralligènes de l’archipel du frioul
Autour de l’archipel du Frioul, les communautés coralligènes constituent l’un des habitats les plus remarquables des fonds rocheux marseillais. Ce biotope, formé par l’accumulation lente de structures calcaires produites par des algues rouges encroûtantes, croît de quelques millimètres par an seulement, ce qui en fait un environnement particulièrement sensible aux perturbations. À partir de 30 à 40 mètres de profondeur, les tombants et surplombs abritent une mosaïque d’éponges, de gorgones, de bryozoaires et d’ascidies, dont la diversité spécifique dépasse souvent 200 espèces sur quelques mètres carrés. On compare souvent le coralligène à une « forêt tropicale sous-marine » tant la densité de niches écologiques et l’entrelacement des organismes y sont impressionnants.
Les études menées dans la rade de Marseille montrent toutefois des contrastes marqués entre les secteurs bien préservés et les zones soumises aux apports terrigènes ou aux ancrages répétés. Les filets de pêche perdus, les lignes plombées et certaines ancres dégradent mécaniquement ces structures fragiles, rompant des décennies, voire des siècles de construction biologique en quelques secondes. Face à cette vulnérabilité, plusieurs secteurs coralligènes du Frioul ont fait l’objet de zonages spécifiques au sein du Parc national des Calanques, avec des restrictions d’ancrage et de mouillage. Pour qui prend le temps de s’y immerger, ces paysages crépusculaires offrent un témoignage saisissant de la richesse écologique des eaux marseillaises et de la nécessité d’une protection renforcée.
Faune ichtyologique endémique des fonds rocheux marseillais
Les fonds rocheux marseillais accueillent une faune ichtyologique d’une grande diversité, où se côtoient espèces emblématiques et endémiques de Méditerranée. Les girelles, sars, dorades, serrans et labres structurent les communautés de poissons côtiers, tandis que des espèces plus discrètes comme le mérou brun (Epinephelus marginatus) ou le corb (Sciaena umbra) témoignent du bon état de certains habitats. Les suivis scientifiques réalisés depuis plus de vingt ans dans les Calanques mettent en évidence un net retour de ces grands prédateurs dans les zones sous forte protection, avec des biomasses multipliées par 3 à 5 par rapport aux secteurs non protégés. Cette « effet réserve » profite également aux zones périphériques, où les adultes et juvéniles exportés viennent renforcer les populations exploitées.
Parmi les espèces endémiques typiques des eaux marseillaises, on peut citer la rascasse brune (Scorpaena porcus), la castagnole (Chromis chromis) ou encore le gobie de Coriza (Gobius cruentatus), inféodé aux anfractuosités rocheuses. Ces espèces jouent un rôle clé dans le fonctionnement des réseaux trophiques, en consommant zooplancton, invertébrés benthiques ou petits crustacés. Pour l’observateur attentif, les fonds rocheux marseillais sont ainsi l’équivalent d’une ville animée, où chaque espèce occupe une « fonction » précise, de l’ingénieur écologique au nettoyeur en passant par les grands prédateurs. La préservation de cette faune passe à la fois par la limitation de la surpêche, la réduction du bruit sous-marin et la protection des zones de frayère et de nurserie, notamment dans les petites criques abritées des Calanques.
Qualité physicochimique des masses d’eau côtières marseillaises
La qualité physicochimique des masses d’eau côtières marseillaises conditionne directement l’état de la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes marins. Ces paramètres, surveillés en continu par différents réseaux de suivi (Ifremer, Parc national des Calanques, Métropole Aix-Marseille-Provence), permettent d’évaluer l’effet des pressions anthropiques et des changements climatiques sur l’environnement marin. Transparence de l’eau, charge en nutriments, salinité, température ou encore indices biotiques fournissent un diagnostic fin de la « santé » des eaux de la rade de Marseille. Pour vous, usagers du littoral, ces données se traduisent concrètement par la clarté de l’eau de baignade, la présence de certaines espèces indicatrices ou encore la fréquence des épisodes de prolifération algale.
Paramètres de turbidité et transparence dans la rade de marseille
La turbidité, qui mesure la quantité de particules en suspension dans l’eau, est un indicateur clé de la qualité des eaux littorales marseillaises. Dans la rade sud, particulièrement protégée des grands apports terrigènes, les valeurs de turbidité restent généralement faibles, avec des transparences pouvant dépasser 20 mètres de profondeur lors des périodes les plus calmes. À l’inverse, la rade nord, plus exposée aux apports des bassins versants urbains et industriels, présente des variations plus marquées, notamment après de fortes pluies ou des épisodes de vent violent. On peut comparer ces contrastes à la différence entre une vitre nettoyée régulièrement et une fenêtre exposée en permanence à la poussière : la lumière y passe, mais pas de la même façon.
Les herbiers de posidonies et les communautés coralligènes sont particulièrement sensibles à l’augmentation de la turbidité, qui limite la pénétration de la lumière nécessaire à la photosynthèse. Lorsque la colonne d’eau devient trop chargée en particules, la production primaire chute et certaines espèces régressent au profit d’organismes opportunistes plus tolérants. C’est pourquoi les plans de gestion locaux visent à réduire les sources de matières en suspension, qu’il s’agisse de rejets urbains mal contrôlés, de dragages portuaires ou de remises en suspension des sédiments par les hélices et les ancres. Pour préserver la richesse écologique des eaux marseillaises, limiter la turbidité revient en quelque sorte à « dépoussiérer » régulièrement l’aquarium naturel que constitue la rade.
Concentrations en nutriments azotés et phosphorés
Les concentrations en nutriments azotés (nitrates, nitrites, ammonium) et phosphorés (phosphates) déterminent en grande partie la productivité primaire des eaux marines. Dans les eaux côtières marseillaises, les niveaux moyens restent globalement modérés, ce qui limite le risque d’eutrophisation massive observé dans d’autres zones méditerranéennes plus confinées. Toutefois, des pics de nutriments sont régulièrement mesurés à proximité des exutoires urbains, des ports ou en période de fortes pluies, lorsque les réseaux pluviaux charrient des apports terrigènes importants. Ces épisodes peuvent favoriser le développement rapide de microalgues ou de macroalgues opportunistes, au détriment des communautés plus sensibles comme les herbiers de posidonies.
Les stations d’épuration, notamment le complexe souterrain Géolide, jouent un rôle majeur pour limiter ces apports en nutriments dans la rade de Marseille. En améliorant les traitements physico-chimiques et biologiques des eaux usées, la Métropole contribue à réduire les flux d’azote et de phosphore vers le milieu marin, renforçant ainsi la résilience des écosystèmes. Pour vous, cela signifie moins de risques de marées vertes, une eau de baignade plus stable et des habitats marins mieux préservés. À l’avenir, le suivi fin de ces nutriments, couplé à des actions de réduction à la source (industrie, agriculture, usages domestiques), sera déterminant pour maintenir l’équilibre entre productivité et qualité écologique dans les eaux marseillaises.
Salinité et température des eaux littorales méditerranéennes
La salinité des eaux marseillaises se situe en moyenne autour de 37 à 38 unités pratiques de salinité (UPS), conformément aux valeurs typiques de la Méditerranée occidentale. Ces niveaux, relativement stables, peuvent toutefois être localement dilués à proximité des exutoires d’eau douce ou après des épisodes de crue de la Durance et du Rhône, qui influencent indirectement la circulation des masses d’eau. La plupart des organismes marins méditerranéens sont adaptés à cette salinité élevée, et de brusques variations peuvent entraîner un stress physiologique, notamment pour les stades larvaires. C’est un peu comme si l’on modifiait soudainement la teneur en sel de votre alimentation : votre organisme aurait besoin de temps pour s’adapter.
La température, quant à elle, connaît une amplitude saisonnière importante, allant d’environ 13 °C en hiver à plus de 26 °C en été en surface. Les séries chronologiques montrent une tendance à la hausse sur les dernières décennies, en lien avec le réchauffement climatique, avec des épisodes de canicule marine plus fréquents. Ces hausses prolongées peuvent provoquer des mortalités massives chez certaines espèces sensibles, comme les gorgones ou les éponges du coralligène, déjà mises à rude épreuve par d’autres pressions. Pour anticiper ces impacts, les gestionnaires et scientifiques développent des réseaux de capteurs et des modèles prévisionnels, afin d’adapter les mesures de conservation, par exemple en renforçant la protection de zones refuges plus profondes ou mieux ventilées.
Indices biotiques marins BENTIX et BOPA
Au-delà des paramètres physicochimiques, la qualité écologique des eaux marseillaises est évaluée à l’aide d’indices biotiques qui s’appuient sur la composition des communautés benthiques. L’indice BENTIX utilise les peuplements de macrofaune benthique (vers, mollusques, crustacés) pour classer les stations selon cinq catégories de qualité, de « très bonne » à « mauvaise ». Le BOPA (Benthic Opportunistic Polychaetes and Amphipods) se focalise plus spécifiquement sur la proportion d’espèces opportunistes tolérantes à la pollution organique. Lorsque ces espèces deviennent dominantes, cela signale une dégradation du milieu, même si les paramètres chimiques restent ponctuellement dans les normes.
Dans la rade de Marseille, les résultats de ces indices montrent une nette amélioration depuis les années 1990 dans plusieurs secteurs, en lien avec la modernisation des systèmes d’assainissement et la réduction des rejets directs. Les zones situées au large et dans le cœur du Parc national des Calanques affichent le plus souvent un état « bon » à « très bon », tandis que certains secteurs portuaires ou proches des embouchures conservent des statuts plus dégradés. Pour les gestionnaires, ces indices biotiques sont comparables à une analyse de sang pour un médecin : ils révèlent des déséquilibres parfois invisibles à l’œil nu, mais déterminants pour la santé globale de l’écosystème. En s’appuyant sur ces diagnostics, il devient possible de cibler les efforts de restauration écologique là où ils seront le plus efficaces.
Écosystèmes benthiques des substrats meubles marseillais
Au-delà des falaises calcaires et des tombants rocheux, une grande partie du fond marin marseillais est constituée de substrats meubles : sables, vases ou graviers. Ces écosystèmes benthiques, souvent perçus comme monotones, abritent en réalité une biodiversité discrète mais essentielle au fonctionnement des eaux marseillaises. Les champs de zostères (Zostera noltei, Zostera marina) dans les zones plus abritées, les bancs de sables côtiers ou les vasières profondes abritent une multitude d’invertébrés fouisseurs, de crustacés, de vers polychètes et de petits poissons camouflés. Ensemble, ils assurent des fonctions-clés telles que la bioturbation des sédiments, la minéralisation de la matière organique ou encore la stabilisation des fonds.
Les prairies de zostères, bien que moins étendues que les herbiers de posidonies, jouent un rôle d’habitat nursery pour de nombreuses espèces de poissons et d’invertébrés. Elles offrent un refuge aux juvéniles de soles, rougets, seiches ou crevettes, qui y trouvent nourriture et protection contre les prédateurs. Plus au large, les sables grossiers et graviers accueillent des communautés spécifiques, comme les oursins irréguliers, les coquillages bivalves et diverses espèces de vers tubicoles. Ces milieux sont toutefois particulièrement sensibles aux engins de pêche traînants (chaluts, dragues) et aux aménagements côtiers (dépôts de matériaux, remblais), qui peuvent altérer durablement la structure des sédiments et la composition des communautés benthiques.
Pour préserver ces écosystèmes meubles, plusieurs leviers sont aujourd’hui mobilisés dans la région marseillaise : limitation des arts traînants dans certaines zones, mise en place de mouillages écologiques, suivi des macro-invertébrés benthiques et projets de restauration de prairies de zostères. Pour vous, usagers de la mer, cela peut se traduire par des recommandations simples : privilégier les mouillages adaptés, éviter les zones sensibles signalées et soutenir les initiatives locales de restauration écologique. En protégeant ces fonds apparemment ordinaires, on sécurise en réalité les premières mailles de la chaîne alimentaire qui soutient l’ensemble de la richesse écologique des eaux marseillaises.
Aires marines protégées et conservation des habitats critiques
Face à la multiplicité des usages et des pressions, les aires marines protégées jouent un rôle central dans la conservation des habitats critiques marseillais. Le littoral d’Aix-Marseille-Provence bénéficie d’un maillage de dispositifs de protection complémentaires : Parc national, réserves marines, zones Natura 2000 ou encore périmètres de protection de la ressource en eau. Ensemble, ils visent à préserver les herbiers de posidonie, les récifs coralligènes, les zones de frayère et les corridors de migration des espèces emblématiques. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines portions du littoral sont plus riches en vie marine que d’autres ? La réponse tient souvent à l’ancienneté et à l’efficacité de ces mesures de protection.
Zone cœur du parc national des calanques
Créé en 2012, le Parc national des Calanques est le premier parc national périurbain d’Europe intégrant une importante composante marine. Sa zone cœur, où les usages sont strictement réglementés, s’étend sur plus de 43 000 hectares en mer, incluant les célèbres calanques de Sormiou, Morgiou, En-Vau, mais aussi les îles de Riou, Plane ou Maïre. Dans cette zone, la pêche professionnelle et de loisir est encadrée, l’ancrage est limité sur les herbiers de posidonies et certaines activités sont interdites ou fortement restreintes afin de réduire le dérangement de la faune et la dégradation des habitats. Les suivis scientifiques montrent déjà des effets positifs sur les populations de poissons et la structure des communautés benthiques.
La zone cœur du Parc joue également un rôle pédagogique et symbolique majeur : elle rappelle que des milieux de haute valeur écologique peuvent coexister avec une métropole de près de deux millions d’habitants, à condition de définir des règles claires et partagées. Des programmes de sciences participatives, comme l’observation de la faune marine ou le suivi des herbiers, permettent aux usagers d’être acteurs de la préservation. En participant à ces initiatives, vous contribuez directement à l’amélioration des connaissances et au renforcement des mesures de gestion. À long terme, le Parc national des Calanques ambitionne de constituer un véritable refuge climatique et écologique pour la biodiversité méditerranéenne, tout en restant un espace de découverte et de plaisir pour le grand public.
Sanctuaire pelagos pour la protection des cétacés
Au large de Marseille, la haute mer fait partie du Sanctuaire Pelagos, une aire marine protégée internationale dédiée à la conservation des mammifères marins en Méditerranée nord-occidentale. Ce sanctuaire, partagé entre la France, l’Italie et Monaco, couvre environ 87 500 km² et abrite une dizaine d’espèces de cétacés, parmi lesquelles le rorqual commun, le cachalot et différents dauphins. Les eaux marseillaises, situées en bordure de ce sanctuaire, constituent une zone de passage et d’alimentation privilégiée pour ces grands migrateurs, notamment lors des périodes de forte productivité planctonique. L’observation régulière de groupes de dauphins au large de la rade rappelle que ces eaux côtières sont intimement connectées aux grands équilibres de la Méditerranée.
Le Sanctuaire Pelagos vise à réduire les principales menaces qui pèsent sur les cétacés : collisions avec les navires, captures accidentelles, pollution chimique et sonore. Des efforts sont menés pour adapter les routes maritimes, développer des systèmes d’alerte anticollision ou encore sensibiliser les plaisanciers à une approche respectueuse de ces animaux protégés. En tant qu’usager de la mer, adopter une attitude responsable – réduire la vitesse, garder ses distances, éviter de poursuivre les animaux – contribue directement au succès de ces mesures de conservation. En protégeant les cétacés du Sanctuaire Pelagos, on protège aussi l’image et la richesse écologique des eaux marseillaises, vitrine d’une Méditerranée vivante et dynamique.
Réserve marine de Carry-le-Rouet
À l’ouest de Marseille, la réserve marine de Carry-le-Rouet constitue l’un des plus anciens sites de protection intégrale du littoral provençal. Créée en 1983, elle couvre une surface d’environ 85 hectares et interdit toute forme de pêche dans son périmètre, offrant ainsi un refuge aux populations de poissons, invertébrés et plantes marines. Les suivis réalisés depuis plusieurs décennies dans cette réserve montrent une augmentation significative de la taille moyenne et de la biomasse des poissons, en particulier des sars, dorades, loups ou mérous. Cet « effet réserve » dépasse largement les limites administratives, avec un débordement d’individus adultes vers les zones voisines où la pêche est autorisée.
La réserve de Carry-le-Rouet joue également un rôle de laboratoire à ciel ouvert pour tester et démontrer l’efficacité des mesures de protection dans les écosystèmes méditerranéens. Elle sert de référence pour évaluer l’impact des activités humaines sur les zones adjacentes, qu’il s’agisse de la pêche, du mouillage ou de la fréquentation touristique. Pour les plongeurs et nageurs, c’est un lieu privilégié d’observation de la richesse écologique des eaux marseillaises, où la faune se montre souvent plus abondante et moins farouche qu’ailleurs. Ce type de réserve intégrale inspire aujourd’hui de nouveaux projets de protection stricte au sein du Parc national des Calanques et sur d’autres portions du littoral métropolitain.
Pressions anthropiques et restauration écologique marine
Malgré leur richesse, les eaux marseillaises subissent des pressions anthropiques importantes : urbanisation, infrastructures portuaires, pollution, surpêche, fréquentation touristique ou encore changement climatique. Ces pressions se traduisent par la fragmentation des habitats, l’introduction d’espèces exotiques, l’augmentation du bruit sous-marin et la dégradation de la qualité de l’eau dans certains secteurs. Peut-on pour autant considérer que la situation est irréversible ? Les expériences menées ces dernières années montrent au contraire que des actions ciblées de restauration écologique peuvent entraîner des améliorations rapides et spectaculaires, à condition d’être bien planifiées et pérennes.
Parmi les initiatives emblématiques, on peut citer la mise en place de mouillages écologiques pour réduire l’arrachement des herbiers de posidonie, la restauration de récifs artificiels pour recréer des habitats structurants ou encore la renaturation de certains linéaires côtiers. Les collectivités locales et les gestionnaires d’aires marines protégées travaillent également à la réduction des pollutions à la source, en modernisant les réseaux d’assainissement, en limitant les rejets industriels et en sensibilisant les usagers. De nombreux projets de science participative et de bénévolat environnemental – nettoyages de plages, suivis de la faune, recensement d’espèces invasives – impliquent directement les citoyens dans la restauration des écosystèmes. En vous informant et en adaptant vos pratiques, vous devenez un acteur à part entière de cette dynamique positive.
La restauration écologique marine dans la région marseillaise s’appuie aussi sur une forte expertise scientifique locale, mobilisant universités, instituts de recherche et bureaux d’études spécialisés. Des protocoles standardisés permettent de suivre l’évolution des habitats restaurés, d’évaluer l’efficacité des actions menées et d’ajuster les stratégies en fonction des résultats. Cette approche adaptative est essentielle dans un contexte de changement global, où les conditions environnementales évoluent rapidement. Finalement, la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment amplifier les efforts de restauration pour accompagner la transition écologique des eaux marseillaises et préserver durablement leur richesse biologique.
Dynamiques planctoniques et productivité primaire méditerranéenne
À la base de la chaîne alimentaire marine, le plancton joue un rôle décisif dans la productivité primaire des eaux marseillaises. Le phytoplancton, ces microalgues microscopiques en suspension dans la colonne d’eau, capte l’énergie lumineuse et transforme le dioxyde de carbone en matière organique, un peu comme les forêts terrestres le font à l’air libre. Le zooplancton, composé de petits crustacés, larves de poissons et autres organismes animaux, consomme ce phytoplancton et sert à son tour de nourriture aux niveaux trophiques supérieurs. Les variations saisonnières de ces communautés planctoniques conditionnent directement l’abondance des poissons, des invertébrés et même des grands prédateurs comme les cétacés dans la région.
En Méditerranée, mer globalement oligotrophe (pauvre en nutriments), la productivité primaire est concentrée sur certaines périodes et zones, notamment lors des blooms de printemps et d’automne. Dans les eaux marseillaises, ces périodes de forte croissance phytoplanctonique sont influencées par la circulation des masses d’eau, les apports en nutriments depuis le large ou la côte, et les conditions météorologiques (vents, ensoleillement, épisodes de mistral). Des campagnes de surveillance par satellites, bouées instrumentées et prélèvements in situ permettent de suivre ces dynamiques à différentes échelles. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines années semblent plus riches en sardines ou en anchois ? La réponse se trouve en grande partie dans la « réussite » des saisons planctoniques.
Les changements climatiques et les activités humaines modifient progressivement ces dynamiques planctoniques. L’augmentation de la température de l’eau, la stratification accrue de la colonne d’eau ou l’arrivée d’espèces exotiques peuvent bouleverser l’équilibre entre les différents groupes de phytoplancton et de zooplancton. Cela peut se traduire par des changements de régime, avec la dominance d’espèces moins nutritives ou la multiplication d’épisodes de proliférations algales nuisibles. Pour anticiper ces évolutions, les scientifiques développent des modèles couplant océanographie physique, chimie et biologie, afin de mieux comprendre les interactions entre climat, nutriments et communautés planctoniques. À terme, cette compréhension fine des dynamiques planctoniques contribuera à adapter la gestion des pêches, des aires marines protégées et des usages littoraux, pour que la richesse écologique des eaux marseillaises demeure un atout majeur de la Méditerranée occidentale.