Le massif des Calanques recèle de trésors insoupçonnés, bien au-delà des itinéraires classiques qui attirent chaque année des centaines de milliers de visiteurs. Entre Marseille et Cassis, ce territoire karstique exceptionnel offre aux randonneurs expérimentés des parcours confidentiels où la solitude et l’authenticité priment sur la facilité d’accès. Ces sentiers méconnus, parfois non balisés, traversent des paysages sculptés par l’érosion millénaire du calcaire urgonien et vous permettent d’explorer une facette sauvage du Parc National. Loin des foules qui se pressent vers En-Vau ou Port-Pin, ces itinéraires exigent une excellente préparation physique, une maîtrise technique solide et une connaissance approfondie des réglementations spécifiques qui protègent cet écosystème fragile. Pour qui sait s’aventurer hors des sentiers battus tout en respectant l’environnement, le massif dévoile alors ses secrets les plus précieux.
Cartographie des sentiers secrets entre Sormiou et Morgiou
La zone comprise entre les calanques de Sormiou et Morgiou constitue un véritable labyrinthe minéral où s’entrelacent des sentes ancestrales utilisées autrefois par les bergers et les charbonniers. Ces passages discrets serpentent à travers une topographie complexe, marquée par des barres rocheuses abruptes, des vallons encaissés et des plateaux parsemés de dolines. Contrairement aux itinéraires principaux du massif, ces chemins ne figurent pas toujours sur les cartes touristiques standard et nécessitent l’utilisation de cartes IGN au 1:25000, voire d’extraits cadastraux anciens pour les tracés les plus confidentiels.
L’orientation dans ce secteur requiert une excellente capacité à lire le terrain et à anticiper les passages. Les cairns traditionnels y sont rares, parfois délibérément démontés pour préserver le caractère sauvage des lieux. Vous devrez donc développer une véritable autonomie en navigation, en vous appuyant sur des repères naturels : formations rocheuses caractéristiques, alignements de restanques, anciens sentiers muletiers dont les traces subsistent dans la roche calcaire. Cette zone concentre certains des panoramas les plus spectaculaires du massif, offrant des perspectives vertigineuses sur la Méditerranée depuis des promontoires que peu de visiteurs foulent.
Le vallon des Escampons : accès par le col de la Candelle
Le vallon des Escampons représente l’un des joyaux méconnus du massif, accessible uniquement par une approche technique depuis le col de la Candelle. Cet itinéraire confidentiel débute à environ 1h30 de marche depuis le parking de la Cayolle, en empruntant initialement le sentier classique vers Sormiou avant de bifurquer sur une sente discrète marquée par un pin caractéristique à double tronc. La montée vers le col s’effectue sur un terrain caillouteux où les chaussures à semelle rigide sont indispensables pour garantir une adhérence optimale.
Une fois le col franchi, la descente dans le vallon nécessite une attention constante. Le sentier, à peine visible, longe une vire exposée sur une cinquantaine de mètres avant de plonger dans un dédale de blocs calcaires. Cette zone de lapiaz particulièrement développée exige une progression lente et réfléchie, chaque appui devant être testé avant d’y transférer son poids. Le vallon lui-même offre un sanctuaire de tranquillité absolue, dominé par des falaises de 150 mètres où nichent les rapaces. Prévoyez 6 heures pour la boucle complète
en tenant compte des temps de pause et de l’orientation dans ce terrain complexe. Cette randonnée dans les Calanques s’adresse aux randonneurs aguerris, à l’aise en milieu karstique et capables de renoncer en cas de doute sur l’itinéraire. En contrepartie, le vallon des Escampons offre une immersion rare dans l’intimité du massif, loin de toute fréquentation touristique.
La calanque de l’escu : traversée en vire depuis le cap morgiou
La calanque de l’Escu fait partie de ces criques ultra-confidentielles, nichées au pied des falaises entre Morgiou et Sugiton. L’accès pédestre le plus spectaculaire se fait par une traversée en vire depuis le secteur du cap Morgiou, sur un itinéraire non balisé qui ne doit être emprunté que par des randonneurs très expérimentés, habitués à la randonnée aérienne. Depuis le parking terminal de Morgiou (lorsqu’il est ouvert) ou depuis le col de Morgiou, on gagne d’abord la pointe du cap par le sentier classique, avant de quitter le tracé principal pour suivre une sente à flanc qui se perd rapidement dans le lapiaz.
La traversée en vire proprement dite débute au-dessus du vide, sur des vires calcaires parfois larges d’à peine cinquante centimètres. L’exposition est continue, et certains passages nécessitent l’usage ponctuel des mains pour assurer sa progression. Ici, l’anticipation des appuis, la gestion du vertige et la capacité à garder son sang-froid sont essentielles : une erreur de trajectoire peut rapidement vous placer dans des ressauts d’escalade non protégés. L’itinéraire débouche finalement sur un balcon naturel dominant la calanque de l’Escu, d’où l’on peut observer les eaux d’un bleu profond et les dalles plongeant dans la mer, sans pour autant descendre jusqu’à la crique, dont l’accès est réservé aux grimpeurs ou à la voie maritime.
En raison de sa technicité, cette traversée ne s’envisage jamais en conditions humides ou par vent fort, le calcaire devenant alors aussi glissant qu’une plaque de verre. Une corde légère de 20 à 30 mètres, utilisée en main courante sur les passages les plus exposés, peut apporter un surcroît de sécurité à un groupe homogène. Si vous recherchez une randonnée dans les Calanques engagée mais que vous doutez de votre aisance sur terrain aérien, mieux vaut privilégier des itinéraires sportifs mais moins exposés, comme les crêtes de Marseilleveyre ou le plateau de la Candelle.
Le plateau de l’homme mort : itinéraire hors-balisage depuis les baumettes
Situé en surplomb des calanques de Morgiou et de Sugiton, le plateau de l’Homme Mort constitue une zone quasi désertée par la fréquentation classique. L’accès hors-balisage depuis le quartier des Baumettes permet de pénétrer au cœur de ce chaos calcaire, à condition de maîtriser la navigation fine sur terrain karstique. Depuis le terminus du bus, on emprunte d’abord une piste marquée qui remonte en direction du col de Morgiou, avant de la quitter à hauteur d’un ancien restanque effondré pour s’engager sur une sente discrète, quasiment effacée par la garrigue.
La progression alterne entre dalles compactes, lapiaz fracturé et petits vallons aveugles dans lesquels il est facile de se laisser piéger. Sur ce type d’itinéraire, la boussole et la carte IGN au 1:25000 ne sont pas des accessoires mais de véritables outils de survie : vous devrez lire les lignes de crêtes, repérer les dolines et anticiper les barres rocheuses invisibles depuis le fond des combes. L’arrivée sur le plateau de l’Homme Mort se devine à l’horizon qui s’ouvre brutalement, offrant une vue saisissante sur la Grande Candelle, le Devenson et, par temps clair, jusqu’au cap Canaille.
Ce secteur est idéal pour celles et ceux qui souhaitent pratiquer une randonnée dans les Calanques orientée vers l’exploration plutôt que vers la performance sportive. On y marche lentement, parfois à peine à 2 km/h, comme on progresse dans un labyrinthe de pierre où chaque erreur d’aiguillage se paie par un demi-tour. En contrepartie, la sensation de solitude et de nature intacte est totale, à mille lieues de l’ambiance plus fréquentée des itinéraires menant aux calanques emblématiques.
La grotte de l’ours et le cirque des pételins : approche technique
La grotte de l’Ours et le cirque des Pételins forment un ensemble spectaculaire au-dessus du vallon de Morgiou, accessible uniquement par une approche technique sur sentes escarpées. Depuis le col des Baumettes ou le col de Morgiou, l’itinéraire gagne d’abord les hauteurs par un ancien chemin de charbonniers, reconnaissable à ses lacets serrés et à quelques murets de soutènement. Très vite, le sentier se transforme en trace, puis en succession de vires et de petites barres rocheuses qu’il faut franchir en utilisant les mains, à mi-chemin entre la randonnée et le scrambling.
La grotte de l’Ours se niche sous une large voûte calcaire, véritable balcon naturel sur le littoral. L’intérieur, sombre et parfois humide, nécessite une lampe frontale si vous souhaitez en explorer les premiers mètres, tout en restant en deçà des zones réservées aux spéléologues. Au-delà, le cirque des Pételins déploie un amphithéâtre minéral impressionnant, composé de parois verticales, de vires suspendues et de couloirs d’éboulis. Le terrain y est instable, les blocs pouvant rouler sous le poids, ce qui impose une vigilance accrue et des distances de sécurité entre les membres du groupe.
Cette randonnée dans les Calanques ne doit pas être envisagée sans casque de montagne, particulièrement en période de fréquentation accrue des grimpeurs, où les chutes de pierres accidentelles sont plus probables. L’analogie fréquemment utilisée par les connaisseurs est parlante : ici, on se déplace comme dans une vieille cathédrale en ruine, où chaque pierre semble en équilibre précaire, demandant respect et prudence. Pour les randonneurs à l’aise dans ce type de terrain, la récompense est à la hauteur : des points de vue uniques, une ambiance alpine en bord de mer et la sensation d’avoir pénétré dans l’un des recoins les plus secrets du massif.
Conditions d’accès réglementaires et périodes d’ouverture du massif
Explorer les randonnées confidentielles des Calanques implique de bien maîtriser un autre volet essentiel : la réglementation. Le Parc National des Calanques est l’un des espaces naturels les plus fréquentés de France, avec plus de 3 millions de visiteurs estimés par an sur l’ensemble du massif. Pour limiter les risques incendie et la surfréquentation, des arrêtés préfectoraux et des dispositifs spécifiques encadrent fortement l’accès, en particulier durant l’été. Avant toute sortie, il est indispensable de vérifier les conditions du jour et de connaître les restrictions propres à chaque secteur, sous peine d’amende mais surtout pour préserver ce patrimoine fragile.
Arrêtés préfectoraux de fermeture estivale du 1er juin au 30 septembre
Chaque année, du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux massifs des Bouches-du-Rhône, dont celui des Calanques, est soumis à des arrêtés préfectoraux quotidiens. En fonction du risque incendie évalué par Météo-France (vents, sécheresse, températures), les secteurs peuvent être ouverts toute la journée, ouverts uniquement le matin ou totalement fermés au public. La veille pour le lendemain, la carte officielle précise le niveau de risque (de 1 à 4) et donc les possibilités d’accès. En cas de niveau rouge (risque très sévère), les randonnées dans les Calanques sont purement et simplement interdites.
Cette réglementation s’applique évidemment aussi aux itinéraires confidentiels décrits dans cet article. Il n’existe aucune tolérance pour les « connaisseurs » ou les randonneurs expérimentés : en cas de fermeture, même un simple aller-retour au col de Sormiou est proscrit. Au-delà du risque d’amende, il faut garder en tête que la végétation des Calanques, déjà fortement fragilisée par la sécheresse et l’érosion, mettra des décennies à se régénérer après un incendie majeur. Planifier ses randonnées hors des pics de chaleur, notamment au printemps et à l’automne, reste donc la meilleure stratégie pour profiter sereinement de ces sentiers secrets.
Système de réservation JeRandoDansLesCalanques.fr pour En-Vau et sugiton
Face à la surfréquentation croissante de certains sites emblématiques, le Parc National a mis en place depuis 2022 un système de réservation gratuite pour les secteurs d’En-Vau et de Sugiton, accessible via la plateforme JeRandoDansLesCalanques.fr. En haute saison, l’accès quotidien à ces calanques est limité à un quota précis de visiteurs, afin de protéger les sols, la végétation et la faune marine. Même si vous choisissez des randonnées dans les Calanques plus discrètes, il est important de connaître ce dispositif, car de nombreux itinéraires techniques passent à proximité des zones réglementées.
La réservation, nominative, doit être effectuée quelques jours à l’avance et présentée en cas de contrôle par les agents du Parc ou les forces de l’ordre. Les randonneurs qui abordent le secteur par les crêtes ou par des sentes non balisées, pensant ainsi contourner la régulation, restent soumis aux mêmes obligations. Au-delà de l’aspect réglementaire, cette limitation du nombre de visiteurs permet aussi d’améliorer l’expérience sur place : moins de bruit, moins de déchets, davantage de tranquillité pour les espèces sensibles et, finalement, une ambiance plus en phase avec l’image que l’on se fait de ces calanques mythiques.
Zones de quiétude ornithologique : restrictions autour du bec de sormiou
Le massif des Calanques abrite plus de 140 espèces animales et végétales protégées, dont plusieurs oiseaux nicheurs très sensibles au dérangement. Dans ce contexte, des « zones de quiétude » ont été mises en place, notamment autour du Bec de Sormiou, du Devenson et de Castelvieil. Dans ces secteurs, certaines vires, grottes marines ou itinéraires d’escalade sont temporairement interdits ou déconseillés pendant les périodes de nidification, en particulier de février à juin pour le faucon pèlerin ou certaines espèces de goélands et de puffins.
Pour les amateurs de randonnées confidentielles, cela implique de renoncer à certains passages spectaculaires, même s’ils figurent sur d’anciens topos ou sur des tracés GPS partagés en ligne. L’analogie avec une maison privée est éclairante : accepteriez-vous que l’on traverse votre salon en pleine nuit sous prétexte que la porte-fenêtre est mal fermée ? De la même manière, respecter ces zones de quiétude, c’est laisser aux oiseaux l’intimité nécessaire à la réussite de leur reproduction. Avant de partir, pensez à consulter les documents actualisés du Parc National, qui publie chaque année la cartographie des secteurs sensibles.
Protocole de dérogations pour randonneurs résidents des quartiers limitrophes
Les habitants des quartiers limitrophes du massif (Cayolle, Baumettes, Madrague de Montredon, etc.) entretiennent un lien historique fort avec les Calanques, souvent associé à des pratiques quotidiennes de promenade ou d’activité sportive. Dans ce contexte, des dérogations ponctuelles peuvent exister pour certains usages très encadrés, notamment via des associations locales ou des conventions avec des clubs de randonnée ou d’escalade. Ces dérogations n’autorisent en aucun cas la liberté totale de circulation en période de fermeture pour risque incendie, mais peuvent aménager les horaires ou les points d’accès dans des conditions précises.
Si vous êtes résident et que vous envisagez de pratiquer régulièrement des randonnées dans les Calanques au départ de votre quartier, le plus sûr est de vous rapprocher des structures locales (clubs FFRandonnée, CAF, associations de quartier) qui connaissent les protocoles en vigueur. Pour tous les autres visiteurs, aucune dérogation individuelle n’est accordée : la réglementation est la même pour tous, quel que soit le niveau technique ou la connaissance du terrain. C’est aussi ce cadre commun qui permet de conserver une cohérence dans la gestion d’un espace aussi fréquenté et fragile.
Itinéraires confidentiels depuis le vallon de la jarre
Le vallon de la Jarre, situé à l’ouest de Marseilleveyre entre la Madrague de Montredon et Callelongue, constitue une porte d’entrée idéale vers des randonnées confidentielles dans les Calanques. Moins fréquenté que le classique sentier des Goudes ou que la calanque de Marseilleveyre, ce vallon sauvage offre une succession de combes, de crêtes et de petits cols d’où partent de nombreuses sentes discrètes. On y trouve un condensé de tout ce qui fait le charme du massif : garrigue odorante, lapiaz tranchant, vues plongeantes sur la mer et vestiges de l’ancienne activité pastorale.
Depuis le terminus du bus à la Madrague, un sentier balisé permet de remonter le vallon en douceur avant de se transformer en une trace plus caillouteuse. Plusieurs options s’offrent alors à vous : gagner la crête de Marseilleveyre par des passages hors-sentier, traverser vers le vallon de la Mounine ou rejoindre les corniches dominant la calanque de la Triperie. Ces itinéraires, rarement mentionnés dans les guides généralistes, exigent une bonne lecture du terrain mais restent moins engagés que les vires du Devenson ou du cap Morgiou, ce qui en fait un excellent terrain d’initiation à la randonnée hors-balisage dans les Calanques.
Pour concevoir une boucle variée, on peut par exemple monter par le cœur du vallon de la Jarre, gagner les crêtes de Marseilleveyre, puis redescendre par le vallon de la Mounine ou par une sente discrète rejoignant directement Callelongue. Prévoyez 4 à 6 heures de marche selon les variantes, avec un dénivelé compris entre 400 et 700 mètres. Comme toujours dans ce secteur très exposé au soleil et au mistral, la règle d’or reste la même : partir tôt, emporter au minimum 2 litres d’eau par personne et adapter son itinéraire aux conditions du jour.
Techniques de progression sur lapiaz et pierriers calcaires
Les randonnées confidentielles dans les Calanques se déroulent presque toujours sur des terrains techniques : lapiaz coupant, pierriers instables, dalles polies par des générations de randonneurs et de grimpeurs. Marcher sur ce type de relief ne s’improvise pas. Une bonne technique de progression réduit la fatigue, limite le risque de chute et permet de profiter pleinement des paysages sans être constamment focalisé sur chaque appui. On peut comparer cela à l’apprentissage du ski : au début, tout semble difficile et peu fluide, puis les bons gestes deviennent naturels et la montagne s’ouvre vraiment.
Chaussures à semelles vibram adaptées au calcaire urgonien
Le choix des chaussures est l’un des points clés pour randonner sereinement sur le calcaire urgonien des Calanques. Ce type de roche, très compacte et souvent polie, peut devenir extrêmement glissant, en particulier lorsqu’il est recouvert de poussière ou légèrement humide. Les semelles de type Vibram, ou équivalent, avec un dessin de crampons profond et une gomme relativement tendre, offrent une accroche nettement supérieure aux baskets de ville ou aux chaussures de trail bas de gamme. Pour les itinéraires les plus engagés, une tige semi-montante apporte un maintien de la cheville appréciable dans les pierriers.
Il est tentant de privilégier des chaussures très légères dans ce climat méditerranéen chaud, mais rappelez-vous qu’une cheville foulée au fond d’un vallon isolé peut rapidement se transformer en opération de secours complexe. Une bonne pratique consiste à tester ses chaussures sur une courte randonnée dans les Calanques avant de s’engager sur un itinéraire confidentiel plus long, afin de vérifier l’accroche, le confort et l’absence de zones de frottement. Comme une corde pour un grimpeur, vos chaussures sont votre première ligne de sécurité : mieux vaut investir dans un modèle adapté que d’improviser avec du matériel inadapté.
Lecture du relief karstique : lapiaz, dolines et scialets
Comprendre le relief karstique des Calanques, c’est un peu comme apprendre une nouvelle langue : au début, tout se ressemble, puis les nuances apparaissent et permettent de mieux choisir sa trajectoire. Le lapiaz désigne ces dalles calcaires entaillées de rigoles et de fissures, parfois profondes, qui peuvent piéger les chevilles et rendre la progression chaotique. Les dolines sont de petites dépressions circulaires ou elliptiques, souvent remplies d’éboulis ou de terre rouge, tandis que les scialets correspondent à des puits ou des gouffres verticaux, parfois dissimulés sous la végétation.
En randonnée, l’objectif est de tirer parti de ces formes plutôt que de les subir. Sur un lapiaz très fracturé, mieux vaut suivre les micro-crêtes et les dalles les plus lisses, quitte à effectuer quelques détours, plutôt que de zigzaguer au hasard entre les fissures. Les dolines peuvent servir de repères d’orientation, visibles de loin, et offrent parfois des passages plus doux pour contourner une barre rocheuse. Quant aux scialets, ils imposent la prudence : ne jamais poser le pied sur une zone douteuse sans l’avoir testée, surtout lorsque les herbes sèches masquent les trous. En développant cette lecture fine du relief karstique, vous transformerez une randonnée dans les Calanques en véritable jeu d’orientation grandeur nature.
Gestion de l’exposition sur les vires des falaises du devenson
Les falaises du Devenson, entre En-Vau et Morgiou, sont réputées pour leurs itinéraires d’escalade vertigineux, mais aussi pour quelques sentes en vire utilisées par les randonneurs très expérimentés. Marcher sur ces corniches suspendues demande une gestion de l’exposition irréprochable. L’idée n’est pas de « se prouver quelque chose », mais de savoir objectivement si l’on est à l’aise dans un environnement où une chute serait fatale. Comme pour un funambule, l’équilibre ne dépend pas seulement de la technique, mais aussi de la capacité à rester mentalement disponible, sans panique ni crispation excessive.
Sur ces vires, plusieurs principes s’imposent : avancer un par un dans les passages les plus étroits, ne jamais se croiser au-dessus du vide, garder trois points d’appui dès que possible (deux pieds et une main) et ne pas hésiter à faire demi-tour si le vent se lève ou si l’un des membres du groupe montre des signes de blocage. Une corde fine et quelques sangles peuvent permettre de sécuriser un court passage particulièrement exposé, mais elles ne doivent pas être un prétexte pour s’engager au-delà de ses capacités. Souvenez-vous qu’une randonnée dans les Calanques, même très aérienne, doit rester un plaisir et non une épreuve de survie.
Points d’eau et ravitaillement dans les zones isolées du massif
Le massif des Calanques est dépourvu de sources permanentes accessibles en randonnée. Aucun robinet, aucune fontaine, aucun refuge gardien ne permet de remplir les gourdes une fois engagé en profondeur dans le parc. C’est l’un des points qui surprend le plus les visiteurs habitués à d’autres massifs français plus riches en eau. En été, les déshydratations et coups de chaud constituent d’ailleurs l’une des principales causes d’interventions des secours, y compris sur des itinéraires relativement courts.
Pour des randonnées confidentielles de 5 à 7 heures, en particulier sur les crêtes ou dans les vallons sans ombre, il est raisonnable de prévoir entre 2 et 3 litres d’eau par personne, voire davantage en période de forte chaleur. Les seules possibilités de ravitaillement se trouvent en périphérie du massif : commerces de la Cayolle, Madrague de Montredon, Cassis, Luminy ou encore Vieux-Port pour les itinéraires au départ de Marseille. Organisez votre logistique comme pour un petit trek : remplissage complet des poches à eau et gourdes avant le départ, gestion régulière de l’hydratation (petites gorgées fréquentes plutôt que grandes rasades épisodiques) et apport salé pour compenser la transpiration.
Il est tentant, en surplombant la mer d’un bleu éclatant, d’imaginer pouvoir se baigner pour se rafraîchir. Sur les itinéraires les plus techniques, la descente jusqu’à la mer est souvent impossible ou dangereuse, réservée aux grimpeurs ou aux habitués. Même lorsque la baignade est accessible, l’eau de la Méditerranée dans les Calanques peut être froide en raison des résurgences d’eau douce souterraine, comme à Port-Miou. Autrement dit, ne comptez jamais sur la mer pour remplacer une bonne gestion de votre eau potable.
Faune endémique et observation naturaliste en circuit discret
Les randonnées confidentielles dans les Calanques offrent un avantage précieux : la discrétion. Loin des foules, vos chances d’observer la faune endémique augmentent considérablement, à condition de savoir regarder et surtout d’accepter de ralentir le rythme. Le massif constitue un véritable laboratoire naturel méditerranéen, où se côtoient oiseaux marins, rapaces, reptiles et une flore adaptée à la sécheresse et aux embruns. Approcher cet univers avec un regard naturaliste transforme une simple randonnée sportive en expérience immersive, presque contemplative.
Repérage du faucon pèlerin sur les barres rocheuses de castelvieil
Le faucon pèlerin, autrefois menacé, a fait un retour remarqué dans les barres rocheuses de Castelvieil, du Devenson et du Bec de Sormiou. Pour maximiser vos chances de l’observer lors d’une randonnée dans les Calanques, privilégiez les débuts de matinée ou la fin d’après-midi, moments où les courants ascendants l’aident à patrouiller le long des falaises. À distance, un simple jumelle 8x ou 10x suffit pour distinguer sa silhouette compacte, son vol rapide en piqué et parfois les parades nuptiales au-dessus des vires.
Il est essentiel de respecter une distance confortable et de ne jamais tenter de s’approcher des nichées, même si un sentier ou une vire semble y mener. Le dérangement en période de reproduction peut entraîner l’abandon de la couvée, annulant une saison complète de reproduction pour le couple. Là encore, la comparaison avec notre intimité est parlante : accepteriez-vous qu’un drone stationne devant vos fenêtres pendant un repas de famille ? Observer le faucon pèlerin, c’est donc aussi accepter de rester spectateur à bonne distance, dans une posture de respect plutôt que de conquête.
Zones de nidification du puffin cendré dans les grottes marines
Moins connu du grand public que le faucon pèlerin, le puffin cendré est un oiseau marin migrateur qui niche dans les grottes et les anfractuosités des falaises littorales. Dans les Calanques, plusieurs colonies occupent des grottes marines difficiles d’accès, principalement à Castelvieil, au Devenson et dans certains secteurs de la côte bleue. Les randonneurs terrestres ne verront généralement le puffin qu’en vol, au large, mais la connaissance de ses zones de nidification reste importante pour adapter son comportement à proximité des grottes et des vires surplombant la mer.
Au crépuscule, depuis les crêtes ou certains belvédères, vous pourrez parfois observer de petits groupes de puffins qui regagnent les grottes après leurs longues sorties en mer. Leurs cris caractéristiques, presque plaintifs, résonnent alors comme une bande-son discrète des falaises. Pour ne pas perturber ces zones sensibles, il est recommandé d’éviter de bivouaquer à proximité des entrées de grottes marines ou de s’y attarder avec des lampes frontales puissantes la nuit. Les randonnées confidentielles dans les Calanques gagnent à rester diurnes dans ces secteurs, laissant la nuit et le silence aux habitants légitimes des lieux.
Observation du lézard ocellé sur les restanques de callelongue
Sur les restanques en pierre sèche qui jalonnent les pentes au-dessus de Callelongue, un autre habitant discret mérite votre attention : le lézard ocellé. C’est l’un des plus grands lézards d’Europe, reconnaissable à ses taches bleues (les « ocelles ») sur les flancs. Espèce protégée et en régression dans de nombreuses régions, il trouve encore dans les Calanques un habitat favorable, à condition que les murets de pierre soient préservés et que le piétinement reste limité. En fin de matinée, lorsqu’il se chauffe au soleil, vous pourrez parfois l’apercevoir filant entre deux blocs ou immobile sur une pierre chaude.
Pour espérer l’observer lors d’une randonnée dans les Calanques, adoptez une progression silencieuse et évitez les mouvements brusques lorsque vous approchez des restanques. Une jumelle compacte peut vous aider à distinguer les détails de sa livrée sans vous approcher excessivement. Là encore, la meilleure attitude consiste à rester observateur sans interagir : ne pas tenter de le capturer, de le manipuler ou de déplacer les pierres qui constituent son abri. Ces murets abritent aussi une multitude d’autres espèces (insectes, petits reptiles, parfois hérissons), rappelant que chaque pierre déplacée sans nécessité est un micro-habitat détruit.