Le Parc national des Calanques constitue un véritable amphithéâtre géologique à ciel ouvert, où la roche calcaire blanche se découpe en falaises vertigineuses plongeant dans les eaux turquoise de la Méditerranée. S’étendant sur plus de 20 kilomètres entre Marseille et Cassis, ce massif offre aux randonneurs et aux amateurs de paysages spectaculaires une diversité de panoramas rocheux unique en France. Des aiguilles acérées d’En-Vau aux promontoires imposants du Cap Canaille, en passant par les chaos rocheux de Sugiton, chaque site révèle une histoire géologique fascinante vieille de plusieurs millions d’années. Ces formations calcaires, sculptées par l’érosion marine et karstique, créent des tableaux naturels d’une beauté saisissante, attirant chaque année des centaines de milliers de visiteurs en quête de panoramas exceptionnels et d’expériences inoubliables au cœur d’un patrimoine naturel d’exception.

Cap canaille et ses falaises vertigineuses de calcaire urgonien

Le Cap Canaille représente l’un des sites les plus impressionnants du massif des Calanques, avec ses parois rocheuses atteignant 394 mètres d’altitude, ce qui en fait l’une des plus hautes falaises maritimes d’Europe. Cette immense barrière de calcaire urgonien, formée au Crétacé inférieur il y a environ 120 millions d’années, se distingue par ses teintes ocre et rouge qui contrastent spectaculairement avec le blanc éclatant des calanques de Marseille. La composition géologique particulière de ces falaises, incluant du grès et du poudingue – une roche formée de galets agglomérés – témoigne d’une histoire sédimentaire riche et complexe. Les stratifications visibles sur les parois racontent l’accumulation progressive de dépôts marins dans un environnement tropical, à une époque où les dinosaures dominaient encore la Terre.

Accès au belvédère de la route des crêtes depuis cassis

La Route des Crêtes, route panoramique serpentant au sommet du Cap Canaille, offre plusieurs points d’accès aménagés pour admirer ces panoramas vertigineux. Depuis le centre de Cassis, cette route sinueuse grimpe progressivement à travers la garrigue méditerranéenne, offrant à chaque virage des perspectives changeantes sur la côte. Le principal belvédère se situe au point culminant, accessible en voiture toute l’année, sauf lors de fermetures exceptionnelles dues au risque d’incendie entre juin et septembre. Les parkings aménagés permettent de stationner en toute sécurité, bien qu’ils soient rapidement saturés en haute saison. Pour profiter pleinement du site, il est recommandé d’arriver tôt le matin, lorsque la lumière rasante sublime les teintes rougeoyantes de la roche et que la fréquentation reste modérée.

Formations géologiques du crétacé inférieur visibles depuis le sommet

Du sommet du Cap Canaille, vous pouvez observer une véritable coupe géologique naturelle illustrant 140 millions d’années d’histoire terrestre. Les couches sédimentaires superposées révèlent l’alternance de périodes de sédimentation marine et continentale. Le calcaire urgonien, particulièrement compact et riche en fossiles de rudistes – des mollusques bivalves aujourd’hui disparus – domine la partie supérieure du massif. Plus bas, des strates de grès témoignent d’apports détritiques provenant de l’érosion de reliefs aujourd’hui disp

des. À certains endroits, les bancs de poudingue apparaissent comme un véritable béton naturel, où l’on distingue nettement galets et fragments rocheux cimentés par le calcaire. En observant attentivement les parois, vous pourrez également repérer des figures de déformation, témoignant de l’énorme pression exercée lors de la surrection des massifs pyrénéo-provençaux. C’est un peu comme feuilleter un livre de géologie à ciel ouvert : chaque strate raconte une page de l’histoire de la Méditerranée, bien avant l’apparition de l’homme.

Points de vue panoramiques sur le massif du puget et l’île de riou

Depuis les principaux belvédères de la Route des Crêtes, le regard embrasse un panorama saisissant sur l’ensemble du massif des Calanques. Vers l’ouest, se détache le massif du Puget, véritable muraille de calcaire blanc dominant le campus de Luminy et les calanques de Sugiton et Morgiou. Les jours de bonne visibilité, vous distinguez nettement les escarpements de la Grande Candelle et les falaises du Devenson, qui se découpent comme une dentelle minérale au-dessus de la mer. Plus au large, l’archipel de Riou apparaît, posé sur l’horizon comme un chapelet d’îlots sauvages, dernière avancée rocheuse avant le grand bleu.

Ce point de vue sur le massif du Puget et l’île de Riou permet de bien comprendre l’organisation générale des Calanques : des massifs calcaires élevés, entaillés de vallons profonds, qui se prolongent sous la surface par des canyons sous-marins comme celui de Cassidaigne. Au coucher du soleil, les falaises de Cap Canaille prennent des teintes dorées, tandis que le blanc éclatant des Calanques marseillaises se pare de nuances rosées. Pour les photographes de paysages, c’est l’un des spots les plus spectaculaires pour capturer la rencontre entre reliefs vertigineux et Méditerranée.

Sentier du sémaphore et vestiges de la surveillance maritime

Au-delà des belvédères accessibles en voiture, un sentier balisé permet de rejoindre le sémaphore du Cap Canaille, situé à environ 349 mètres d’altitude. Ce cheminement, relativement facile mais exposé au soleil, suit la ligne de crête et alterne montées et descentes douces sur un terrain caillouteux. En chemin, vous croiserez d’anciens murets en pierre sèche et des plateformes militaires datant du XIXe siècle, témoins de la longue histoire de surveillance maritime de ce secteur stratégique. Le sémaphore lui-même, toujours en activité, contrôle aujourd’hui le trafic des navires et participe à la sécurité des plaisanciers.

Marcher sur ce sentier du sémaphore, c’est prendre de la hauteur sur le littoral et profiter de points de vue aériens sur la baie de La Ciotat, Cassis, et jusqu’aux îles de Marseille par temps clair. Le contraste entre la roche rouge sombre du Cap Canaille et le calcaire blanc du massif des Calanques, de l’autre côté de la baie, est particulièrement frappant. Pensez à emporter de l’eau, à bien vous protéger du soleil et à rester prudent à proximité des falaises, même si le sentier se maintient à distance raisonnable du vide. En échange, vous profiterez d’un des plus beaux itinéraires panoramiques de la région.

Calanque de sugiton et ses parois d’escalade prisées des grimpeurs

Plus à l’ouest, au cœur du massif du Puget, la calanque de Sugiton offre un tout autre visage des panoramas rocheux des Calanques. Ici, le calcaire blanc et gris domine, fracturé par des failles et sculpté en gradins vertigineux qui plongent dans la mer. Les parois surplombant la calanque sont devenues un terrain de jeu mythique pour les grimpeurs, qui viennent du monde entier pour s’essayer à ces itinéraires techniques. Pour les randonneurs, les belvédères de Sugiton et les chemins de crête offrent des vues spectaculaires sur l’îlot du Torpilleur, les falaises de la Grande Candelle et, au loin, les îles du Frioul.

Voies mythiques sur la face sud : ÉperonShift et dalle grise

Sur la face sud de Sugiton, plusieurs itinéraires d’escalade se sont imposés comme des classiques, notamment les voies connues sous les noms d’ÉperonShift et de Dalle Grise. Ces itinéraires, tracés dans un calcaire compact et adhérent, suivent des lignes naturelles de faiblesse dans la paroi : arêtes, fissures et dalles inclinées. Pour les grimpeurs, c’est l’occasion de combiner difficulté technique et cadre grandiose, avec la Méditerranée en toile de fond. Les cotations exigent cependant un bon niveau et une expérience solide, car l’engagement est réel et les conditions peuvent changer rapidement en fonction du vent et de la chaleur.

Pour les simples randonneurs, observer ces parois depuis les sentiers environnants permet de mieux appréhender la verticalité du site. On comprend alors pourquoi les Calanques sont considérées comme l’un des hauts lieux de l’escalade en France. Même sans grimper, vous pouvez profiter des points de vue sur ces falaises en vous arrêtant au belvédère de Sugiton ou en suivant les sentiers qui longent le haut des parois. Un jumelles peut être utile pour repérer les cordées évoluant sur l’ÉperonShift ou la Dalle Grise, minuscules silhouettes accrochées à la roche.

Bloc rocheux du torpilleur et ses conglomérats caractéristiques

Face à la calanque de Sugiton, l’îlot du Torpilleur attire immédiatement le regard par sa forme allongée et massive, évoquant justement un navire de guerre profilé. Cet îlot est constitué de conglomérats et de calcaires massifs, où l’on distingue par endroits des galets enchâssés dans une matrice plus fine. Ces conglomérats sont le résultat d’anciens dépôts de torrents ou de rivières, qui ont charrié des matériaux grossiers avant de les cimenter progressivement au fond d’un bassin marin. Aujourd’hui, l’érosion marine sculpte les flancs de l’îlot en surplombs et en corniches, offrant un spectacle saisissant lorsque la mer est agitée.

Pour les amateurs de géologie, le Torpilleur constitue un excellent exemple de la diversité lithologique du massif des Calanques. En faisant le parallèle avec les poudingues observés au Cap Canaille, on mesure à quel point les environnements de sédimentation ont varié au fil des millions d’années. La forme même de l’îlot, isolé de la côte, illustre le travail patient de la mer qui a détaché ce bloc du massif principal. Vu depuis le belvédère de Sugiton, le Torpilleur semble flotter sur une mer d’azur, comme un fossile géant échoué à la frontière entre ciel et eau.

Sentier du col de sugiton avec vue sur l’archipel du riou

Le principal itinéraire d’accès à la calanque de Sugiton part du campus de Luminy et remonte d’abord en pente douce jusqu’au col de Sugiton. Cette portion de sentier, souvent large et empierrée, offre déjà de belles échappées visuelles sur le massif du Puget et les vallons boisés environnants. Une fois le col atteint, le panorama s’ouvre brusquement vers la mer : en contrebas, la calanque de Morgiou, le Torpilleur et Sugiton se dévoilent, tandis qu’au large se dessine l’archipel du Riou. Ce contraste soudain entre l’univers minéral des falaises et l’immensité bleue de la Méditerranée est l’un des moments forts de toute randonnée dans les Calanques.

Le sentier du col de Sugiton constitue un excellent compromis pour celles et ceux qui souhaitent profiter de panoramas rocheux sans nécessairement descendre jusqu’au niveau de la mer. Vous pouvez vous arrêter au belvédère, situé à quelques minutes du col, et profiter d’un point de vue spectaculaire en balcon sur les calanques. Par temps clair, l’archipel du Riou se découpe nettement, avec ses falaises abruptes et ses plateaux battus par les vents, véritable sanctuaire pour de nombreuses espèces d’oiseaux marins. N’oubliez pas que la remontée depuis la calanque de Sugiton est sportive : si vous descendez, gardez des forces (et de l’eau) pour le retour.

Zones de lapiaz et phénomènes karstiques visibles en bordure côtière

Autour de Sugiton, comme dans une grande partie du massif des Calanques, le sol calcaire est entaillé par de nombreuses fissures, rigoles et crevasses que l’on appelle des lapiaz. Ces formes spectaculaires, parfois tranchantes comme des lames, résultent de la dissolution progressive du calcaire par les eaux de pluie légèrement acides. En quelques milliers d’années, ces eaux infiltrées ont creusé un véritable relief de surface chaotique, où il faut regarder où l’on pose les pieds. C’est un peu comme marcher sur une mer pétrifiée, dont la houle aurait été figée dans la pierre.

Ces phénomènes karstiques ne se limitent pas à la surface : ils se prolongent en profondeur par tout un réseau de grottes, d’avens et de galeries souterraines, parfois débouchant sous le niveau de la mer. La célèbre grotte Cosquer, découverte à proximité de Morgiou, en est l’exemple le plus connu. En bordure côtière, les lapiaz sont souvent mis à nu par l’érosion marine, qui accentue encore le relief en creusant des encorbellements et des surplombs. Lors de vos randonnées, restez sur les sentiers balisés pour éviter de vous blesser dans ces zones de lapiaz, tout en prenant le temps d’observer de près ces sculptures naturelles, véritables signatures du paysage karstique des Calanques.

En vau et son amphithéâtre calcaire aux stratifications spectaculaires

Entre Cassis et Marseille, la calanque d’En Vau est souvent décrite comme la plus spectaculaire du Parc national. Enclavée entre deux hautes falaises calcaires qui se rejoignent presque au-dessus d’une étroite plage de galets, elle forme un véritable amphithéâtre minéral. Les parois, hautes de plus de 100 mètres, révèlent des stratifications remarquablement nettes, alternant bancs massifs et couches plus fines. Pour les amateurs de panoramas rocheux, En Vau offre une combinaison rare : vues plongeantes depuis les belvédères de Castelvieil et du plateau, et perspectives serrées depuis le niveau de la mer, le nez levé vers les falaises.

Morphologie en auge glaciaire et processus d’érosion marine

À première vue, la forme en U d’En Vau pourrait évoquer une vallée glaciaire, d’où l’expression parfois utilisée de « morphologie en auge glaciaire ». En réalité, la calanque est le résultat de la combinaison de plusieurs processus d’érosion : dissolution karstique, effondrement de cavités souterraines et incision de vallons par des cours d’eau anciens, puis noyade partielle par la mer lors de la remontée du niveau marin au Quaternaire. La mer est ensuite venue accentuer cette forme en auge en s’attaquant aux parties les plus fragiles de la falaise, élargissant peu à peu l’entrée de la calanque.

On peut comparer ce processus à une sculpture réalisée en plusieurs étapes : d’abord, l’eau douce dessine le volume général en creusant le massif, puis la mer vient « polir » le tout, en retirant les parties les plus tendres et en taillant des surplombs. Le résultat, à En Vau, est une sorte de canyon inondé, dont la partie inférieure est occupée par l’eau turquoise, tandis que la partie supérieure reste sèche. En observant attentivement les parois, vous pouvez repérer des cavités perchées et des encorbellements qui trahissent d’anciens niveaux marins aujourd’hui abandonnés.

Doigt de dieu : aiguille rocheuse emblématique du site

Au sein de cet amphithéâtre calcaire, plusieurs aiguilles et lames rocheuses se détachent, dont la plus célèbre est sans doute le Doigt de Dieu. Cette aiguille élancée, isolée sur une arête, semble pointer vers le ciel comme un doigt minéral. Elle résulte de l’érosion différentielle : les fractures et diaclases ont découpé le massif en blocs plus ou moins résistants, et les plus durs ont mieux résisté au temps. Le Doigt de Dieu est ainsi devenu un véritable totem géologique, visible depuis certains points de vue du plateau et depuis le fond de la calanque.

Pour les grimpeurs, cette aiguille rocheuse constitue un objectif symbolique, tandis que pour les randonneurs, elle sert de repère visuel pour s’orienter dans ce labyrinthe de falaises. Avec un peu de recul, notamment depuis les belvédères de Castelvieil, vous pourrez apprécier la finesse de cette aiguille et la manière dont elle se détache sur le fond bleu de la mer. C’est le genre de formation qui donne l’impression que le massif des Calanques a été taillé au burin, comme une gigantesque cathédrale naturelle.

Itinéraire depuis le col de la gardiole via le plateau de castelvieil

Pour profiter pleinement des panoramas rocheux d’En Vau, l’un des plus beaux itinéraires consiste à partir du col de la Gardiole et à rejoindre le plateau de Castelvieil avant de descendre éventuellement vers la calanque. Ce circuit, un peu plus long mais moins fréquenté que le classique Port-Miou – Port-Pin – En Vau, offre de superbes vues en surplomb. Le sentier traverse d’abord une garrigue clairsemée, puis gagne progressivement les bords du plateau, où les falaises tombent à pic dans la mer. Des belvédères naturels permettent d’admirer En Vau vue d’en haut, comme si vous étiez au balcon d’un théâtre minéral.

Depuis le plateau de Castelvieil, le regard porte loin vers l’ouest, en direction des falaises du Devenson, et vers l’est, vers le Cap Canaille qui ferme l’horizon. Le contraste entre la verticalité absolue des falaises et la douceur des ondulations de la garrigue sur le plateau est particulièrement frappant. La descente vers la calanque, si vous choisissez de la faire, est raide et caillouteuse : de bonnes chaussures et une prudence accrue sont indispensables. En échange, vous aurez le privilège de découvrir En Vau à la fois par le dessus et par le dessous, ce qui permet de mieux comprendre sa structure géologique.

Grottes marines et encorbellements sculptés par la houle

En Vau et les falaises voisines abritent de nombreuses grottes marines, encorbellements et cavités sculptés directement par l’action de la houle. À la base des parois, l’alternance de couches plus dures et plus tendres crée des zones de faiblesse où les vagues concentrent leur énergie. Petit à petit, ces attaques répétées ouvrent des surplombs, des arches et des grottes, parfois accessibles uniquement par la mer en kayak ou en bateau. Pour les géomorphologues, ces formes littorales sont de précieux indicateurs des dynamiques côtières actuelles et passées.

En observant ces encorbellements depuis les belvédères ou depuis un bateau, on réalise à quel point la mer est un sculpteur patient. Certains encorbellements forment de véritables corniches, sous lesquelles nichent oiseaux marins et chauves-souris. D’autres grottes, comme celles de Castelvieil, sont devenues emblématiques des excursions en mer au départ de Cassis. Si vous choisissez d’explorer ces cavités en kayak, respectez les distances de sécurité vis-à-vis des falaises, notamment après de fortes pluies, car les chutes de pierres restent un phénomène naturel fréquent dans les Calanques.

Calanque de sormiou et ses promontoires géologiques témoins du jurassique

Plus proche de Marseille, la calanque de Sormiou offre un panorama rocheux très différent mais tout aussi fascinant. Ici, le paysage est dominé par une large baie en forme de croissant, encadrée de promontoires calcaires qui s’avancent dans la mer comme des bastions. Les roches affleurantes appartiennent principalement au Jurassique, ce qui les rend plus anciennes que les calcaires urgoniens du Cap Canaille. En parcourant les sentiers en balcon au-dessus de Sormiou, vous aurez l’impression de marcher sur les vestiges d’une ancienne barrière récifale, aujourd’hui émergée puis entaillée par l’érosion.

Belvédère du rocher de canoubiers et panorama sur le mont puget

Au-dessus de la calanque, le Rocher de Canoubiers constitue l’un des belvédères les plus remarquables pour observer Sormiou et le massif du Puget. Depuis ce promontoire, accessible par un sentier escarpé au départ de Sormiou ou des crêtes, la vue embrasse la plage, les cabanons, les caps rocheux du Bec de Sormiou, ainsi que les falaises blanches du mont Puget en arrière-plan. Le contraste entre le vert profond des pins d’Alep, le blanc de la roche et le bleu de la mer offre un tableau typiquement méditerranéen, presque cliché… mais toujours saisissant.

Ce belvédère est idéal pour comprendre la structuration des reliefs autour de Sormiou : d’un côté, les crêtes qui relient le mont Puget à Marseilleveyre, de l’autre, les vallons encaissés qui descendent vers la mer. Avec une paire de jumelles, vous pourrez même distinguer, par temps clair, certains secteurs d’escalade réputés sur les parois voisines. Veillez toutefois à rester bien en retrait du bord des falaises, parfois instables, et à éviter de déplacer les pierres qui stabilisent les sentiers. La beauté de ces panoramas rocheux repose aussi sur un équilibre fragile entre fréquentation et préservation.

Couches sédimentaires plissées visibles sur les parois nord

En observant les parois nord de la calanque de Sormiou, notamment en remontant vers les crêtes, vous remarquerez des couches sédimentaires nettement plissées. Ces plis, parfois spectaculaires, sont le résultat des forces tectoniques qui ont comprimé et déformé les sédiments jurassiques lors de la formation de la chaîne pyrénéo-provençale. Imaginez un tapis que l’on pousse par une extrémité : il forme des ondulations, exactement comme les strates de calcaire que vous voyez aujourd’hui figées dans la roche. Ces plis témoignent de la violence des mouvements de la croûte terrestre à l’échelle géologique.

Pour un œil averti, ces déformations permettent de reconstituer les directions de compression et parfois même l’ordre chronologique des événements tectoniques. Pour le visiteur curieux, elles constituent surtout un spectacle visuel fascinant : les lignes sombres et claires des couches sédimentaires s’enroulent, se redressent ou se renversent, comme si la montagne avait été pétrie à la main. On comprend alors que les falaises des Calanques ne sont pas seulement de beaux décors, mais aussi les archives d’une histoire tectonique complexe qui se poursuit encore aujourd’hui, à un rythme imperceptible pour nous.

Sentier du bec de sormiou et observations ornithologiques sur les falaises

Le sentier du Bec de Sormiou, qui suit la crête en direction de la pointe avancée dans la mer, constitue l’un des itinéraires les plus impressionnants du secteur. Sans être réservé aux experts, il demande toutefois un pied sûr et l’absence de vertige, car certains passages se déroulent à proximité de falaises abruptes. En contrepartie, les panoramas rocheux sont grandioses : d’un côté, la calanque de Sormiou et ses promontoires calcaires ; de l’autre, le large ouvert et, plus loin, les silhouettes de Riou et de l’archipel marseillais. C’est aussi un secteur privilégié pour l’observation des oiseaux marins.

Les falaises du Bec de Sormiou abritent en effet de nombreuses espèces d’oiseaux nicheurs, comme les goélands leucophées, les cormorans et parfois le faucon pèlerin. Avec un peu de patience (et en restant discret), vous pourrez les observer planer le long des parois, profitant des ascendances créées par le relief. L’analogie avec un aéroport naturel n’est pas exagérée : les crêtes servent de pistes de décollage et d’atterrissage aux oiseaux, qui exploitent au mieux la topographie. Pour ne pas les déranger, restez sur les sentiers balisés et évitez les cris ou les rassemblements bruyants à proximité des zones de nidification.

Massif des calanques depuis le plateau de l’homme mort

Entre Marseille et Cassis, le plateau de l’Homme Mort constitue un promontoire central exceptionnel pour appréhender la géographie d’ensemble du massif des Calanques. Situé en hauteur, à l’interface entre les vallons d’En Vau, de Port-Pin et de Sugiton, ce plateau offre une vue presque à 360° sur les principaux reliefs calcaires et sur la mer. Son nom, intrigant, ferait référence à la silhouette d’un corps allongé que dessinent certains rochers vus de loin. Pour les amateurs de panoramas rocheux, c’est l’un des points de vue les plus complets, car il permet de lire le massif comme une carte en relief grandeur nature.

Vue panoramique à 360° sur Port-Miou, Port-Pin et la rade de cassis

Depuis le plateau de l’Homme Mort, en tournant simplement sur vous-même, vous pouvez embrasser d’un coup d’œil plusieurs des calanques les plus célèbres du Parc national. Vers l’est, se détachent les entailles profondes de Port-Miou et Port-Pin, véritables fjords calcaires s’enfonçant dans les terres. Plus loin, la rade de Cassis s’ouvre, dominée par les falaises du Cap Canaille et les toits colorés du village. Vers l’ouest, les falaises d’En Vau, du Devenson et de la Grande Candelle forment une muraille impressionnante, qui se prolonge jusqu’aux massifs marseillais.

Cette vue circulaire permet de comprendre le fonctionnement d’ensemble du littoral : alternance de caps rocheux et de calanques, alignement des crêtes calcaires, disposition des vallons qui descendent vers la mer. Par temps clair, on distingue même, vers le nord, la silhouette lointaine de la montagne Sainte-Victoire, autre emblème minéral de la région. Pour profiter au mieux de ce panorama, choisissez des moments de lumière douce, tôt le matin ou en fin d’après-midi, lorsque les reliefs se détachent nettement grâce aux ombres portées. Pensez aussi à vérifier les conditions d’accès, le plateau étant soumis à la réglementation estivale liée au risque d’incendie.

Table d’orientation et identification des sommets environnants

Sur certains itinéraires passant par le plateau de l’Homme Mort, vous trouverez des panneaux d’interprétation ou des tables d’orientation permettant d’identifier les principaux sommets environnants. Ces supports pédagogiques sont précieux pour mettre des noms sur les reliefs que l’on aperçoit : mont Puget, Grande Candelle, massif de Marseilleveyre, cap Canaille, etc. Ils permettent aussi de situer les différentes calanques les unes par rapport aux autres, ce qui n’est pas toujours évident lorsque l’on se contente de les découvrir isolément, au niveau de la mer.

Utiliser une table d’orientation, c’est un peu comme passer du mode « zoom » au mode « vue d’ensemble » sur une carte numérique. Vous pouvez ainsi reconstituer votre parcours, imaginer de futures randonnées et mieux comprendre les relations entre géologie, relief et occupation humaine. Pour les familles, ces supports constituent aussi un excellent moyen d’éveiller la curiosité des plus jeunes, en les invitant à reconnaître les sommets à partir de leurs silhouettes. N’hésitez pas à emporter une carte détaillée ou à utiliser l’application officielle du Parc national pour compléter ces informations sur le terrain.

Accès via le GR98 depuis le quartier de la gardiole

L’accès au plateau de l’Homme Mort peut se faire par plusieurs itinéraires, mais l’un des plus classiques emprunte le GR98 au départ du secteur de la Gardiole. Ce sentier balisé rouge et blanc serpente d’abord à travers une garrigue clairsemée, puis gagne progressivement de l’altitude en direction des crêtes. La montée est régulière mais soutenue, sur un terrain rocailleux typique des Calanques : prévoyez de bonnes chaussures et suffisamment d’eau, surtout en période chaude. En chemin, quelques échappées visuelles laissent déjà entrevoir la mer et les falaises, comme une promesse des panoramas à venir.

Une fois sur le plateau, plusieurs variantes sont possibles pour rejoindre les belvédères les plus spectaculaires, notamment en direction d’En Vau ou de Port-Pin. Le GR98 lui-même peut être utilisé comme fil conducteur pour traverser le massif d’ouest en est, entre Marseille et Cassis, en une longue journée de marche ou en deux étapes. Le secteur de la Gardiole constitue ainsi une porte d’entrée idéale pour explorer les panoramas rocheux du cœur des Calanques, tout en restant sur un itinéraire balisé et bien fréquenté. Comme toujours dans le massif, informez-vous en amont sur les restrictions d’accès : en été, certains jours, la randonnée peut être totalement interdite pour des raisons de sécurité incendie.

Secteur de callelongue et chaos rocheux de la grotte cosquer

À l’extrémité sud de Marseille, le petit hameau de Callelongue marque la porte d’entrée occidentale du massif des Calanques. Ici, les panoramas rocheux prennent un aspect plus sauvage encore, avec des lames de calcaire dressées au-dessus d’une mer souvent battue par le vent et la houle. C’est dans ce secteur que se trouve, à plusieurs dizaines de mètres sous le niveau actuel de la mer, la célèbre grotte Cosquer, ornée de peintures préhistoriques. Si la grotte elle-même n’est plus accessible au public, le paysage de surface, fait de chaos rocheux et de falaises fracturées, permet d’imaginer le contexte dans lequel vivaient les hommes qui ont fréquenté ce massif il y a plus de 20 000 ans.

Patrimoine géologique sous-marin et grottes ornées préhistoriques

La grotte Cosquer, située aujourd’hui à environ 35 mètres sous la surface de la mer, est l’un des trésors archéologiques majeurs du Parc national des Calanques. Lorsque les premiers hommes y pénétraient, durant les périodes glaciaires du Quaternaire, le niveau marin était beaucoup plus bas, et l’entrée de la grotte se trouvait à l’air libre, au pied d’une falaise. Les parois, ornées d’animaux marins et terrestres, témoignent d’un environnement bien différent de celui d’aujourd’hui, où glaciers et grandes plaines s’étendaient là où nous voyons désormais la Méditerranée. La remontée du niveau de la mer a peu à peu noyé l’entrée de la cavité, la rendant accessible seulement aux plongeurs spéléologues.

Ce patrimoine géologique et préhistorique sous-marin illustre de manière spectaculaire l’impact des variations climatiques et eustatiques sur le littoral. En arpentant les sentiers autour de Callelongue, on peut imaginer ces vallons aujourd’hui immergés, qui formaient autrefois des gorges sèches semblables à celles que l’on voit encore plus haut dans le massif. La grotte Cosquer est désormais protégée et reconstituée dans un site muséal à Marseille, mais le paysage de surface, avec ses failles, ses corniches et ses chaos de blocs effondrés, reste un formidable livre ouvert sur ces transformations. Respecter ces lieux, c’est aussi préserver un décor unique pour les générations futures.

Sentier côtier du cap croisette avec affleurements de grès

Depuis Callelongue, un sentier côtier très pittoresque conduit en direction du Cap Croisette, petite pointe avancée dans la mer face à l’île Maïre. Ce chemin, parfois étroit et caillouteux, offre une succession de points de vue sur des falaises abruptes, des criques secrètes et des îlots battus par les vagues. Par endroits, en plus du calcaire blanc dominant, on observe des affleurements de grès et de niveaux plus sableux, témoins de variations dans les conditions de dépôt sédimentaire. Ces couches plus tendres se creusent plus facilement sous l’action des éléments, accentuant le relief et créant des vires et des terrasses naturelles.

Le sentier du Cap Croisette est l’un des plus impressionnants pour ressentir la puissance du littoral des Calanques : par vent fort, les vagues viennent frapper violemment la base des falaises, projetant des embruns jusqu’aux promontoires. Pour profiter pleinement de ces panoramas rocheux, choisissez un jour de météo stable, avec un vent modéré, et restez toujours en retrait du bord. Les affleurements de grès, en particulier, peuvent être friables et glissants lorsqu’ils sont humides. Une fois arrivé au Cap Croisette, la vue sur l’île Maïre, véritable forteresse calcaire dressée au milieu de la mer, vaut à elle seule le détour.

Îlot de jarre et colonnes basaltiques visibles à marée basse

Plus au large, dans l’alignement du Cap Croisette et de l’île Maïre, se dresse l’îlot de Jarre, souvent cité dans les descriptions géologiques du secteur. Si la majorité des roches affleurantes reste de nature calcaire, certains auteurs mentionnent la présence de structures en colonnes évoquant des orgues basaltiques sur les parties les plus battues par la mer, visibles temporairement lorsque la houle et le niveau de l’eau le permettent. Ces formes, qu’elles soient effectivement d’origine volcanique ou résultent de fracturations particulières du calcaire, rappellent que le sous-sol méditerranéen recèle une histoire plus complexe qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

Quoi qu’il en soit, l’îlot de Jarre et les micro-reliefs qui l’entourent restent difficiles d’accès et doivent être observés à distance, depuis la côte ou lors d’une sortie en bateau encadrée. Ils complètent la palette de panoramas rocheux que l’on peut découvrir depuis le secteur de Callelongue : falaises éclatées, chaos de blocs, îlots effilés, et, sous la surface, tout un monde de grottes et de reliefs submergés. En prenant le temps de lever les yeux vers les parois, puis d’imaginer ce qui se passe sous la ligne d’horizon, vous comprendrez à quel point les Calanques sont un territoire géologique à trois dimensions, où chaque point de vue raconte une histoire différente de la rencontre entre roche, eau et temps.