Le Parc National des Calanques recèle sous ses eaux cristallines un patrimoine naturel d’une richesse exceptionnelle. Situé au cœur de la Méditerranée occidentale, cet écosystème marin unique présente une diversité géomorphologique et biologique remarquable. Des formations calcaires urgoniennes aux herbiers de Posidonie centenaires, en passant par les coralligènes multicolores, chaque mètre carré de fond marin raconte une histoire géologique et écologique fascinante. Cette exploration des profondeurs révèle des paysages sous-marins d’une beauté saisissante, où la science moderne dévoile progressivement les secrets d’un monde aquatique préservé aux portes de Marseille.

Géomorphologie sous-marine du parc national des calanques

La structure géologique des fonds marins des Calanques résulte d’une histoire complexe s’étendant sur plusieurs millions d’années. Cette architecture sous-marine exceptionnelle forme aujourd’hui l’un des reliefs submergés les plus diversifiés de Méditerranée occidentale.

Formations calcaires urgoniennes et leur érosion karstique

Les calcaires urgoniens constituent l’ossature principale des fonds marins du Parc National des Calanques. Ces formations datant du Crétacé inférieur, vieilles de 120 à 140 millions d’années, présentent une composition particulière riche en fossiles de rudistes. L’érosion karstique a façonné ces roches calcaires en créant un réseau complexe de fissures, de lapiez sous-marins et de cavités. Cette dissolution chimique du carbonate de calcium par les eaux légèrement acides a généré des morphologies caractéristiques : cannelures verticales, marmites de géant et poljés submergés.

L’action conjuguée de la tectonique alpine et des variations eustatiques quaternaires a fragmenté ces plateaux calcaires en blocs basculés et faillés. Les escarpements qui en résultent plongent parfois brutalement de la surface vers des profondeurs dépassant 60 mètres. Cette configuration géologique crée des habitats diversifiés, des zones d’upwelling local et des microclimats sous-marins favorables au développement d’une biodiversité exceptionnelle.

Canyons sous-marins de cassis et morphologie des tombants

Les canyons sous-marins du Planier et de Cassidaigne représentent les formations géomorphologiques les plus spectaculaires du secteur. Ces incisions profondes, véritables vallées submergées, entaillent le plateau continental sur plusieurs kilomètres. Le canyon de Cassidaigne présente des parois verticales dépassant 80 mètres de hauteur, créant un environnement bathyal unique à proximité immédiate des côtes.

Ces structures canalysent les courants profonds et concentrent les apports sédimentaires terrigènes. La morphologie en amphithéâtre de certains secteurs génère des phénomènes d’amplification des houles, créant des zones de forte énergie hydrodynamique. Les tombants rocheux associés présentent des inclinaisons variables, de 45° à la verticale parfaite, offrant une multitude de microhabitats pour les espèces sessiles.

Éboulis sous-marins et terrasses d’abrasion marine

L’érosion mécanique des falaises calcaires génère d’imposants cônes d’éboulis sous-marins. Ces accumulations détritiques, composées de blocs de tailles variables, s’étalent en pente douce depuis le pied des falaises jusqu’aux fonds sableux. La granulométrie de ces

blocs conditionne la colonisation biologique : les interstices entre les pierres offrent des refuges aux juvéniles de poissons, tandis que les surfaces supérieures plus stables servent de support à de vastes tapis d’algues photophiles. Les terrasses d’abrasion marine, héritées des variations du niveau de la mer durant le Quaternaire, apparaissent quant à elles sous forme de replats rocheux étagés à différentes profondeurs (–5 m, –15 m, –30 m). Véritables balcons sous-marins, ces plateaux structurent les paysages des calanques et guident aussi bien les courants que les trajectoires de plongée. Pour le plongeur, ces ruptures de pente successives constituent autant de repères visuels et de zones de transition entre les habitats rocheux, sableux et herbeux.

Sur le plan hydrodynamique, ces terrasses d’abrasion favorisent la formation de gyres locaux et de zones de ressuspension sédimentaire. Elles jouent ainsi un rôle dans le transport des particules fines et dans l’alimentation des communautés filtrantes situées en contrebas des tombants. Certaines de ces terrasses montrent encore des traces de microfalaises et de plateformes polies, témoignant d’anciens niveaux marins stables. En combinant plongées d’observation, données de carottes sédimentaires et imagerie sonar, les géomorphologues reconstituent progressivement l’évolution paléogéographique de la rade de Marseille au cours des derniers 20 000 ans.

Grottes immergées de la cosquer et réseaux spéléologiques

Les grottes sous-marines des Calanques constituent un autre élément majeur de la géomorphologie du Parc National. Parmi elles, la grotte Cosquer est devenue emblématique en raison de ses parois ornées de peintures préhistoriques, réalisées lorsque le niveau de la mer était bien plus bas qu’aujourd’hui. L’accès à cette cavité se fait par un long siphon submergé ouvert à environ –37 mètres de profondeur, puis par une galerie qui remonte vers des salles aérées fossiles. Ce type de réseau spéléologique karstique illustre parfaitement le lien intime entre fluctuations eustatiques, dissolution des calcaires urgoniens et formation de volumes souterrains.

D’un point de vue scientifique, ces grottes immergées offrent des archives paléoenvironnementales uniques. Les concrétions stalagmitiques, les remplissages sédimentaires et les dépôts carbonatés gardent la mémoire des variations climatiques et du niveau marin. Pour le plongeur spéléologue, ces réseaux karstiques représentent un environnement extrêmement technique, où la progression se fait en milieu confiné, parfois sur des centaines de mètres, dans une obscurité totale. La sécurité impose des protocoles stricts : fil d’Ariane, redondance du matériel, gestion méticuleuse des réserves de gaz et formation spécifique à la plongée souterraine. Vous imaginez explorer un labyrinthe de pierre, où chaque bulle d’air raconte l’histoire de la Méditerranée ?

Écosystèmes benthiques méditerranéens des calanques

La diversité géomorphologique des fonds marins des Calanques se traduit par une mosaïque d’écosystèmes benthiques typiques de la Méditerranée. Chaque type de substrat – roche, sable, vase, herbiers – abrite des communautés spécifiques, finement adaptées aux gradients de lumière, de courant et de profondeur. La compréhension de ces biocénoses est essentielle pour évaluer l’état de conservation du Parc National des Calanques et pour planifier des plongées respectueuses de l’environnement. Des herbiers de Posidonia oceanica aux forêts de gorgones rouges, en passant par les peuplements sciaphiles des grottes, l’exploration des fonds marins des Calanques offre un panorama complet des habitats méditerranéens.

Herbiers de posidonia oceanica et zones de matte morte

Les herbiers de Posidonia oceanica constituent l’un des écosystèmes clés des Calanques. Cette plante marine endémique, souvent confondue avec une algue, forme de vastes prairies sous-marines entre 5 et 40 mètres de profondeur. Ses rhizomes tressés créent une structure tridimensionnelle dense, la matte, qui piège les sédiments, stabilise les fonds et limite l’érosion côtière. À l’échelle d’une vie humaine, ces herbiers semblent immuables, mais leur croissance est extrêmement lente : de l’ordre de quelques centimètres par an. Certaines mattes des Calanques sont ainsi âgées de plusieurs siècles.

Les zones de matte morte, où les feuilles ont disparu mais où subsiste la trame de rhizomes, témoignent de perturbations passées : ancrages répétés, dragage, aménagements littoraux ou changements de qualité de l’eau. Ces surfaces dénudées, souvent colonisées par des algues opportunistes ou des espèces exotiques, représentent un enjeu majeur de restauration écologique. Pour le plongeur, l’herbier de Posidonie est à la fois un paysage et un refuge pour la faune : saupes, sars, seiches, hippocampes et nuées de juvéniles y trouvent abri et nourriture. En flottant à un mètre au-dessus de ces prairies, on comprend vite pourquoi la protection de ce « poumon vert » de la Méditerranée est au cœur de la gestion du Parc National des Calanques.

Coralligène circalittoral et assemblages à paramuricea clavata

Au-delà de la limite inférieure des herbiers de Posidonie, entre 30 et 120 mètres de profondeur selon la transparence de l’eau, se développe l’un des habitats les plus spectaculaires des Calanques : le coralligène circalittoral. Il s’agit d’un édifice bioconstruits par des algues calcaires encroûtantes (corallinacées), qui cimentent au fil des siècles des débris biogènes, des coquilles et des fragments rocheux. Le résultat ? Un relief complexe de surplombs, de cavités et de corniches, comparable à un récif corallien tropical miniaturisé. Sur ces structures viennent ensuite se fixer éponges, bryozoaires, ascidies et, surtout, les gorgones rouges Paramuricea clavata, emblématiques des plongées profondes marseillaises.

Les assemblages à gorgones forment de véritables forêts sous-marines, où les ramifications dressées filtrent le courant pour capturer le plancton. Dans les Calanques, ces peuplements se concentrent sur les tombants exposés aux courants, comme à l’archipel de Riou, au Planier ou sur les bords du canyon de Cassidaigne. La structure tridimensionnelle des gorgones augmente la complexité de l’habitat et offre de multiples cachettes à une faune associée très riche (ophiures, nudibranches, petits crustacés). Ces communautés sont toutefois sensibles à la surpêche, aux épisodes de mortalité massive liés aux canicules marines et aux impacts mécaniques (filets, palanquées mal stabilisées). Plonger sur ces sites nécessite donc une attention particulière à la flottabilité et aux distances de sécurité vis-à-vis des parois.

Peuplements sciaphiles des surplombs rocheux

Dans les zones moins exposées à la lumière directe, sous les surplombs, dans les fissures ou à l’entrée des grottes, se développent les peuplements sciaphiles, adaptés à des conditions de pénombre. Ces communautés sont dominées par des éponges massives, des ascidies coloniales colorées, des algues rouges calcifiées et une multitude de filtreurs qui tirent parti du passage des courants. Les fonds marins des Calanques, avec leur succession de corniches et de plafonds, offrent un terrain idéal pour ces organismes qui fuient les rayons solaires les plus intenses.

Pour le plongeur en exploration des fonds marins des Calanques, l’observation de ces biocénoses sciaphiles demande parfois de changer de perspective : il faut lever les yeux vers les plafonds, inspecter les anfractuosités, s’approcher des parois tout en évitant tout contact. On y découvre alors des paysages inattendus, où le rouge, l’orange et le violet dominent, en contraste avec le bleu ambiant. Des espèces emblématiques comme la langouste rouge, le homard européen ou certaines roussettes viennent se reposer dans ces refuges ombragés. Ces zones jouent ainsi un rôle de chambres d’ombre pour de nombreux organismes, comparables aux coulisses d’un théâtre où la vie sous-marine se prépare à entrer en scène sur les zones plus lumineuses.

Biocénoses des fonds détritiques côtiers

Entre les platiers rocheux et les herbiers, ou à la base des cônes d’éboulis, s’étendent de vastes fonds détritiques côtiers composés de graviers, de sables grossiers et de débris coquilliers. Ces environnements, parfois perçus comme monotones, abritent en réalité des biocénoses très spécialisées, dominées par des bivalves fouisseurs, des vers polychètes et une faune vagile discrète. Dans les Calanques, ces fonds détritiques jouent un rôle de zone de transition, mais aussi de corridor écologique entre les différents habitats benthiques.

Pour le plongeur, ces secteurs offrent l’occasion d’observer des comportements moins spectaculaires mais tout aussi fascinants : traces de déplacement de holothuries, empreintes de raies fouillant le sédiment, émergence furtive de poissons plats camouflés. Les filets de pêche et les ancres laissées sur ces substrats peuvent cependant modifier la structure des communautés en remaniant en profondeur les couches superficielles. Dans le cadre des programmes de recherche sur l’exploration des fonds marins des Calanques, ces biocénoses détritiques sont régulièrement échantillonnées afin de suivre l’impact des activités humaines et la dynamique des espèces, notamment celles d’intérêt halieutique.

Espèces endémiques méditerranéennes et bryozoaires encroûtants

La Méditerranée est une mer semi-fermée à fort taux d’endémisme, et le Parc National des Calanques ne fait pas exception. De nombreuses espèces présentes sur les fonds rocheux, coralligènes ou détritiques ne se rencontrent nulle part ailleurs dans le monde. C’est le cas de la grande nacre Pinna nobilis, bivalve emblématique aujourd’hui en danger critique d’extinction, ou de certains poissons comme le castagnole rouge Anthias anthias, fréquent sur les tombants profonds. Les bryozoaires encroûtants, parfois surnommés « mousses de mer », sont particulièrement bien représentés et participent activement à la construction et à la consolidation des habitats coralligènes.

Ces colonies de petits invertébrés filtreurs forment des croûtes rigides ou des structures délicatement ramifiées sur les roches et les algues calcaires. À l’échelle du plongeur, ils peuvent passer inaperçus, mais à l’échelle de l’écosystème, ils jouent un rôle comparable à celui du ciment dans un bâtiment. De nombreux projets de recherche menés dans les Calanques s’intéressent à la distribution de ces espèces endémiques et à leur réponse au changement climatique, notamment à travers des suivis photographiques et des expériences in situ. En tant que visiteur des fonds marins des Calanques, apprendre à reconnaître ces organismes discrets permet de porter un regard plus averti sur la complexité du vivant méditerranéen.

Techniques d’exploration bathymétrique et cartographie 3D

L’exploration des fonds marins des Calanques ne repose plus uniquement sur l’observation directe par les plongeurs. Depuis une vingtaine d’années, les outils de géomatique marine et de télédétection ont profondément renouvelé notre vision de la topographie sous-marine. Les campagnes d’acquisition de données bathymétriques haute résolution, couplées à des relevés vidéo, permettent aujourd’hui de produire des cartes 3D détaillées des canyons, des tombants et des herbiers. Ces informations sont essentielles pour la gestion du Parc National des Calanques, la planification des plongées techniques et la protection des habitats sensibles.

Sonar multifaisceaux et acquisition de données LiDAR bathymétrique

Le sonar multifaisceaux est l’un des outils phares de la cartographie des fonds marins des Calanques. Installé sous la coque d’un navire, il émet des faisceaux d’ondes acoustiques en éventail, qui se réfléchissent sur le fond et reviennent vers le capteur. En mesurant le temps de trajet de ces signaux, on reconstitue un modèle numérique de terrain sous-marin à une résolution pouvant atteindre le mètre, voire le décimètre dans les zones peu profondes. Cette technique permet de visualiser en 3D les canyons, les éboulis, les terrasses et les herbiers, un peu comme si l’on retirait l’eau de la Méditerranée pour regarder directement le relief.

Le LiDAR bathymétrique, quant à lui, utilise des impulsions laser vertes émises depuis un avion ou un drone pour sonder les eaux claires des zones côtières. Dans les Calanques, cette technologie est particulièrement utile pour cartographier la limite supérieure des herbiers de Posidonie, les platiers rocheux et les petits fonds sableux jusqu’à 20–30 mètres de profondeur. En combinant sonar multifaisceaux et LiDAR, les équipes scientifiques obtiennent une vision continue du relief, depuis la surface jusqu’aux pentes plus profondes. Vous souhaitez repérer les zones les plus adaptées à une plongée d’exploration ou à une sortie snorkeling ? Ces cartes servent aussi de base à de nombreux supports de médiation et d’information pour le grand public.

ROV téléopérés et protocoles de plongée technique trimix

Lorsque la profondeur dépasse les limites usuelles de la plongée à l’air (environ 40 mètres pour le loisir), l’exploration des fonds marins des Calanques fait appel à deux approches complémentaires : les véhicules téléopérés (ROV) et la plongée technique au mélange trimix. Les ROV sont des robots sous-marins reliés au navire par un ombilical, équipés de caméras haute définition, de projecteurs et parfois de bras manipulateurs. Ils peuvent descendre à plusieurs centaines de mètres pour explorer les sections les plus encaissées des canyons, les épaves profondes ou les zones inaccessibles aux plongeurs.

La plongée trimix, mélange d’oxygène, d’azote et d’hélium, permet à des plongeurs spécialement formés de descendre en sécurité jusqu’à 80, voire 100 mètres, en limitant les effets narcotiques de l’azote et la toxicité de l’oxygène. Dans le cadre de campagnes scientifiques ou de relevés photographiques, ces plongées suivent des protocoles très stricts : planification détaillée, redondance du matériel, paliers de décompression multiples, stations de sécurité. Dans les Calanques, ces techniques avancées ont permis par exemple de documenter des champs de coraux noirs, des peuplements de gorgones profondes et des habitats rarement observés. Pour la plupart des passionnés, ces images ramenées des grandes profondeurs sont une fenêtre fascinante sur un monde encore largement méconnu.

Photogrammétrie sous-marine et reconstruction volumétrique

La photogrammétrie sous-marine s’est imposée comme une technologie clé pour documenter avec précision l’état des habitats et des structures immergées. Le principe est simple : en prenant des centaines, voire des milliers de photos d’un même site sous différents angles, puis en les traitant via des algorithmes spécialisés, on obtient un modèle 3D texturé du fond marin. Dans les Calanques, cette approche est utilisée aussi bien pour les récifs coralligènes que pour les épaves, les grottes ou les champs de Posidonie. C’est un peu l’équivalent d’un scanner 3D pour le monde subaquatique.

Pour les gestionnaires du Parc National des Calanques, ces modèles volumétriques constituent des références précieuses pour suivre l’évolution des sites dans le temps : croissance des gorgones, progression ou régression des herbiers, impacts d’un événement extrême. Pour les plongeurs et clubs de plongée, ils peuvent servir d’outils pédagogiques pour préparer une sortie, repérer les zones sensibles à éviter ou simplement se familiariser avec la topographie. La combinaison de la photogrammétrie et de la réalité virtuelle ouvre également de nouvelles perspectives : visiter virtuellement les fonds marins des Calanques sans mettre la tête sous l’eau, ou revisiter sa propre plongée en 3D après coup.

Systèmes de positionnement acoustique USBL

Pour que l’ensemble de ces mesures soit exploitable, il est indispensable de connaître avec précision la position des instruments et des plongeurs. Les systèmes de positionnement acoustique USBL (Ultra Short Base Line) répondent à cet enjeu. Ils reposent sur une antenne acoustique installée sur le navire et une balise placée sur le ROV, le plongeur ou le capteur. En analysant les signaux échangés, l’ordinateur de bord calcule en temps réel la position 3D de la balise, avec une précision métrique, même dans les zones où le GPS ne pénètre pas.

Dans le contexte du Parc National des Calanques, l’USBL est crucial pour géoréférencer les observations biologiques, les trajectoires de plongée technique ou les relevés vidéo. Vous imaginez suivre en direct la progression d’un robot dans le canyon de Cassidaigne sur une carte numérique ? C’est précisément ce que permettent ces systèmes, en synchronisant les données de position, de profondeur et d’image. À terme, ces technologies contribuent à une cartographie fine des habitats, à l’identification des couloirs de circulation des espèces et à une meilleure planification des zones de protection renforcée.

Sites de plongée emblématiques et accessibilité technique

Les Calanques offrent une diversité de sites de plongée qui reflètent la richesse de leurs paysages sous-marins. Entre les tombants vertigineux de l’archipel de Riou, les épaves au large du Planier, les grottes semi-immergées et les plateaux rocheux abritant de vastes herbiers, chaque profil de plongeur peut trouver un terrain adapté à ses compétences. L’accessibilité technique varie selon la profondeur, l’exposition aux courants, la configuration du relief et la présence éventuelle de surplombs ou de pénétrations en cavité. Pour une exploration optimale des fonds marins des Calanques, il convient donc de choisir ses sites en fonction de son niveau de certification et de l’encadrement disponible.

Les zones autour des îles du Frioul et du phare du Planier proposent par exemple des plongées d’exploration bouteille accessibles dès le niveau débutant encadré, avec des fonds rocheux riches en faune entre 10 et 25 mètres. Les tombants de Riou, la calanque de Sormiou ou le cap Morgiou offrent quant à eux des profils plus engagés, avec des descentes rapides le long des parois et des passages sous surplombs. Enfin, certains sites profonds associés aux canyons de Cassidaigne ou aux grandes épaves ne sont réservés qu’aux plongeurs expérimentés ou aux équipes techniques, parfois en utilisant des mélanges comme le nitrox ou le trimix. Se renseigner auprès des centres de plongée locaux et respecter scrupuleusement les recommandations du Parc National des Calanques sont deux réflexes essentiels pour concilier plaisir, sécurité et préservation des milieux.

Conservation marine et réglementation du parc national

La mise en place du Parc National des Calanques en 2012 a marqué un tournant majeur dans la protection des fonds marins marseillais. Face aux pressions cumulées de la pêche, de la plaisance, de la plongée et des pollutions littorales, il était indispensable de doter ce territoire d’un cadre réglementaire spécifique. La réglementation du parc repose sur une zonage fin, distinguant notamment le cœur marin, où les usages sont strictement encadrés, et les aires adjacentes, soumises à des règles plus souples mais néanmoins contraignantes. L’objectif principal est de concilier activités humaines et conservation des habitats, en s’appuyant sur les principes de la gestion adaptative.

Pour les usagers de la mer, plusieurs règles clés s’appliquent lors de l’exploration des fonds marins des Calanques. Le mouillage est ainsi interdit sur les herbiers de Posidonie et réglementé dans de nombreuses zones sensibles, avec la mise en place progressive de mouillages écologiques. La pêche de certaines espèces emblématiques (mérou brun, corbs) est strictement interdite, de même que le prélèvement de coraux, de gorgones ou de tout organisme vivant. La plongée est autorisée mais fait l’objet de recommandations fortes : limitation des effectifs sur les sites sensibles, maîtrise de la flottabilité, interdiction de nourrir les poissons ou de déplacer les organismes. En adoptant quelques gestes simples – ne rien toucher, ne rien ramasser, récupérer ses déchets – chaque plongeur devient un acteur de la préservation de ce patrimoine.

Recherche scientifique et programmes de monitoring écologique

La connaissance des fonds marins des Calanques repose sur un socle de recherches scientifiques en constante évolution. Universités, organismes de recherche, associations et gestionnaires du parc collaborent à de nombreux programmes de monitoring écologique à long terme. Ces suivis concernent aussi bien l’état des herbiers de Posidonie que la santé des récifs coralligènes, la dynamique des populations de poissons ou la présence d’espèces exotiques envahissantes. Des stations permanentes de suivi, parfois équipées de capteurs autonomes, permettent de mesurer en continu la température de l’eau, la turbidité ou le niveau de bruit sous-marin.

Ces données sont essentielles pour détecter les signaux précoces de dégradation des écosystèmes et évaluer l’efficacité des mesures de protection. Par exemple, les épisodes de mortalité de gorgones observés lors des canicules marines des années 2000 ont conduit à renforcer les efforts de surveillance et à adapter certaines pratiques. De même, les projets de restauration des petits fonds marins et de lutte contre les filets fantômes s’appuient sur des diagnostics écologiques précis pour cibler les zones prioritaires. En participant à des programmes de science participative – comptages de poissons, observations d’espèces rares, signalement de déchets – les clubs et pratiquants de plongée contribuent eux aussi, à leur échelle, à l’amélioration des connaissances. Ainsi, l’exploration des fonds marins des Calanques ne se limite pas à la contemplation : elle devient un levier concret pour protéger, comprendre et transmettre ce patrimoine unique aux générations futures.